Les Nukak sont un peuple semi-nomade chasseur-cueilleur du sud de la Colombie. Ce sont des chasseurs expérimentés, qui utilisent la sarbacane et de fines flèches enduites de curare pour chasser les singes ou oiseaux de la forêt. Traditionnellement, ils pratiquent également la cueillette, la pêche et une forme d’agriculture itinérante. Ce mode de vie, finement adapté à la survie dans la jungle hostile, leur a permis de subvenir à leurs besoins tout en préservant parfaitement leur environnement, et ce pendant plus de 3000 ans. Aujourd’hui, le peuple Nukak est sans doute voué à l’extinction d’ici une vingtaine d’années, malgré les efforts de groupe tels que l’Organisation Indigène de Colombie, qui s’efforce d’assurer leur protection et le retour à leur territoire. En novembre dernier, Mao-Be, le chef de la tribu Nukak, se suicida en avalant du poison utilisé pour la chasse. Mao-Be tentait en effet depuis plusieurs mois d’obtenir le droit pour son peuple de retourner vivre sur ses terres ancestrales, au cœur de la forêt amazonienne. En vain. Depuis leur premier contact avec les hommes blancs en 1988, la moitié de la population Nukak a été décimée par la malnutrition et les maladies et compte aujourd’hui moins de 2000 individus. Les suicides, liés au désespoir du déracinement, se sont également multipliés. Une grande partie des tribus Nukak a été délocalisée , loin de la dense forêt amazonienne qui est leur principale source de survie et avec laquelle ils vivaient en harmonie depuis des milliers d’années. Pris en étau entre les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) et les paramilitaires qui se disputent le contrôle des terres pour cultiver la coca, les Nukak ont souvent été « employés » (avec ou sans leur accord) par l’un ou l’autre de ces groupes extrémistes qui les délogent de leurs terres. L’histoire des Nukak est semblable à celle de plusieurs autres peuples indigènes du globe, qui voient leur existence menacée lorsque leur mode de vie ancestral est confronté à l’envahissement de leur territoire par la culture dominante. Pour n’en citer que quelques uns, les Phnong (Cambodge), les Bushman (Afrique du Sud), les Raramuri (Mexique), les Yanomami (Brésil), ou les Guarani (Brésil, Argentine, Bolivie et Paraguay). Ces peuples de continents différents souffrent au fond du même mal face à ceux qui les anéantissent avec nonchalance : leur ignorance des concepts tels que la propriété privée, ou le commerce, les rend à ce point étrangers au monde moderne que toute intégration semble impossible. Sans attache juridique réelle à l’état qu’ils habitent, ces peuples deviennent des entités « flottantes », souvent prises au piège de conflits politiques qui les ignorent. Ces phénomènes sontsymptomatiques d’une certaine intolérance économique moderne : pour s’intégrer au monde d’aujourd’hui, c’est l’économie de marché qu’il faut accepter. Ceux dont les codes de valeurs y restent radicalement étrangers n’ont aucune chance de survivre.
Les écologistes nous ont fait comprendre l’importance cruciale de la biodiversité pour le bon fonctionnement des écosystèmes. De la même manière, l’ethnodiversité ne serait-elle pas un élément fondamental de la santé de la communauté humaine planétaire ? Ces génocides par négligence menacent d’effacer des cultures, des langues, et des peuples de la surface de la planète, et ce, dans l’indifférence générale.

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