Bine ai venit Romana

Ce soir, la capitale roumaine s’apprête à franchir une étape historique, entrer dans l’Union européenne. Ou plutôt « réintégrer l’Europe » comme tiennent à le souligner les Roumains qui se souviennent avoir été Européens avant d’être annexés par le bloc soviétique. Avec tant de tapage médiatique, rares sont ceux qui ne sont pas au courant. A Bucarest en tous cas, il est impossible de passer à côté de l’événement. En plus du traditionnel bleu-jaune-rouge national, tous les bâtiments officiels exhibent des drapeaux européens. Dont la taille est variable mais souvent proportionnelle à l’importance du bâtiment… (je vous laisse imaginer la taille de ceux qu’arbore l’imposant Palais du Peuple, siège Parlement roumain). Des illuminations de Noël aux entrées du métro en passant par les halls d’hôtels, jusqu’aux voitures de police, les drapeaux bleus à étoiles jaunes sont partout. Ce soir, le programme des festivités est riche : concerts de quelques stars locales place de la Révolution, puis les incontournables discours officiels et feux d’artifices gigantesques place de l’Université, puis, le clou du réveillon : deux concerts exceptionnels de Joe Cocker et Europe, groupe mythique de « hard FM » suédois. De nombreuses télés locales et internationales se disputent les places de choix pour retransmettre l’événement en direct.
Tour à tour, les ministres des Affaires étrangères allemand, hongrois, danois, irlandais, autrichien et espagnol viennent faire une allocution de bienvenue. Ces discours, bien que rapides et protocolaires, sont une démonstration enfin palpable de l’appartenance des Roumains à la grande communauté créée par les « Vieux » du continent. Les Roumains tendent l’oreille et leurs appareils photo… Seulement, parmi les pays venus accueillir symboliquement ce nouvel entrant, seule l’Allemagne faisait partie des signataires du Traité de Rome, initiateurs historiques de l’Europe 50 ans plus tôt. La mise en scène des discours est très travaillée. Les délégations européennes (diplomates souriants et porteurs de drapeaux multicolores) traversent un pont illuminé pour rejoindre une tribune située au milieu du public. Ornée de 27 drapeaux, cette passerelle symbolise le rapprochement de la Roumanie et de la Bulgarie au reste des pays de l’UE. Plus tard, c’est au tour de Traian Basescu, président roumain, d’assurer que la Roumanie est « prête à être accueillie par l’UE », car elle commence l’année 2007 « en opérant de grands changements » dont « les nouvelles générations seront les principaux décideurs ». Un discours teinté d’espoir démocratique et de décevante démagogie, avant le compte à rebours ultime. Mais cet instant presque solennel n’est pas franchement bien accueilli par le public, qui recouvre la voix de son président de sifflements virulents. Le dirigeant ne trouve visiblement pas un écho unanime parmi les milliers de personnes présentes… Après l’inéluctable décompte, un long show son et lumière, digne des plus grands artificiers, enflamme la place de l’Université pendant plus d’une demi-heure. Des faisceaux bleu-jaune-rouge se mélangent pour devenir une fusion bleue… avec étoiles jaunes, bien sûr ! La fin de soirée est vraiment festive. Dans les règles de l’art ! Vers 0h30, des groupes de musiques populaires investissent l’immense scène pour faire remuer les néo-européens. L’ivresse du « champagne de l’UE 2007 » aidant (embouteillé pour l’occasion !), des rondes de danseurs se forment spontanément. Des jeunes couples, enivrés d’ouvertures frontalières, tournoient au centre de ces cercles, motivés par des cris joyeux.
Cette scène de liesse populaire masque néanmoins une vision mitigée de cette adhésion. La plupart des Roumains reste sceptique sur les bienfaits qu’apportera cette adhésion à court terme. Un jeune ingénieur bucarestois me confesse qu’il espère que tous ces regards tournés vers eux les amèneront à élargir leur vision.

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