Chronique BD : Barbier timbré

Planté les mains croisées dans le dos « devant la vitrine et tous ces miroirs », le barbier finement moustachu passe de longues heures à attendre. « C’est que, à la longue, ça use de rester seul à réfléchir, on finit par avoir des idées ». Monologue introspectif et ambitieux, le polar mis en scène dans Danger Public n’a lieu que dans la tête de son narrateur. En 80 pages, ce barbier qui n’a pas peur du sang aura dégommé une dizaine de personnes, quitté sa femme, s’en sera trouvé une autre, aura vendu son affaire et gagné une autre ville. Sans quitter sa boutique. Sur un texte de son ami Philippe Girard (qui oublie ses voyelles quand il signe Phlppgrrd), Leif Tande publie Danger Public, son troisième livre chez La Pastèque, en même temps que Le canard et le loup, un conte pour « enfant dégourdi ou adulte attardé », comme il l’indique sur son blogue. Alors que ce duo d’animaux constitue le premier ouvrage de Pamplemousse, une collection jeunesse de l’éditeur cité plus haut, Danger Public est l’histoire sombre d’un barbier timbré aux idées… dangereuses. Une histoire que l’on lirait difficilement à ses marmots avant qu’ils ne s’endorment. « Phil m’a dit qu’il avait écrit ça expressément pour moi, il y a jadis naguère, raconte le dessinateur québécois Leif Tande, avec un humour décalé qu’il manie sans manières. Paraît-il qu’à ce moment-là, j’avais outrageusement snobbé le texte, étant jeune et pédant comme je le fus. Déçu et amer, Phil aurait alors soumis le texte à un concours littéraire (Pulitzer ou Goncourt, j’oublie…) qu’il a gagné haut la main. Aujourd’hui, alors que Phil est désormais un romancier célèbre (…) et que moi je croupis stagneusement dans l’indifférence la plus totale, j’ai décidé d’utiliser (…) honteusement son nom comme faire-valoir et argument de vente ! »
À la demande de son éditeur, l’auteur a supprimé trois des planches originales de Danger Public avant publication, mais prévoit peut-être d’en faire un supplément pirate. Habitué à jouer avec les formes, comme dans Morlac, une bande dessinée muette dont les cases se lisent dans un ordre ingénieux mais difficile à décrire, Leif Tande signe avec Danger Public une oeuvre linéaire et d’aspect plus classique. Les points de vue sont cependant savamment travaillés : intérieur et extérieur de la vitrine, vue du plafond, vue du plancher. Ils s’alternent avec un rythme tout aussi parfait que celui du texte de Philippe Girard. Le scénario est bien léché et bien ficelé, à l’image du dessin de Leif Tande, à la fois fou et épuré. Des sourcils exagérément froncés, un gros nez, des dents qui rayent le parquet ou encore une cicatrice : il use des détails comme des icônes de son style. Celui qui a participé à la série Le Poulpe et qui était membre actif du fanzine Tabasko ! prouve qu’il sait très bien mettre sa maîtrise du langage BD au service des mots d’un autre. Une collaboration ludique et efficace. Danger Public, Leif Tande et Phlppgrrd, éditions La Pastèque. Le journal indépendant de l’Université de Montréal Quartier Libre est le principal journal des étudiants de l’Université de Montréal (UdeM). Organe de diffusion indépendant de la direction de l’UdeM, Quartier Libre est un bimensuel distribué à plus de 7000 exemplaires sur et autour du campus. Quartier Libre compte sur la collaboration de plusieurs étudiants (dans différents domaines d’étude) de l’UdeM et de quelques journalistes extérieurs. Il se veut un journal école, un tremplin pour les étudiants qui souhaitent faire carrière en journalisme et se donne comme mandat de traiter de tous les sujets chauds du campus de l’UdeM et d’ailleurs, de faire des analyses sur des thèmes de société et internationaux et de promouvoir la culture émergeante qui n’est pas ou peu couverte par les autres journaux québécois. Innovateur et dynamique, il a été nommé « meilleur journal étudiant du Canada » par Paul Wells, chroniqueur au magazine canadien Macleans. L’ensemble de la rédaction est rémunéré pour son travail. L’équipe rédactionnelle 2007-2008 est composée de Rachelle Mc Duff (directrice et rédactrice en chef), Clément Sabourin (chef de pupitre campus), Julie Delporte (chef de pupitre culture), Thomas Gerbet (chef de pupitre société-monde) et Clément de Gaulejac (directeur artistique).

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