Chronique : L’environnement contiendra-t-il le populisme conservateur ?

Sur les trois élections fédérales partielles, deux retiennent particulièrement mon attention : Outremont et Roberval. La circonscription d’Outremont présentait une liste relevée de candidats qui ne se spécialisaient toutefois pas dans les mêmes domaines. Le Parti Libéral du Canada (PLC), en présentant le réfléchi Jocelyn Coulon, misait sur l’opposition de la population du Québec à la guerre en Afghanistan. Coulon est un spécialiste des relations internationales, spécialement les dossiers entourant l’ONU. Sa candidature représentait un signe d’opposition intellectuel puissant de la part du Parti Libéral, mais aussi une volonté de doter la chambre des Communes d’une présence qui pouvait rivaliser dans les débats entourant la présence et le rôle de l’armée canadienne dans ce pays d’Asie Centrale. Toujours dans Outremont, au sujet du candidat du Nouveau Parti Démocratique (NPD), Thomas Mulcair, le parti a décidé de miser sur la question de l’environnement. La crédibilité de M. Mulcair en matière d’environnement se moussait par elle-même. Depuis que celui-ci, en tant que ministre et ex-ministre provincial de l’environnement, avait publiquement exprimé son désaccord sur une partie de la privatisation du Mont Orford, un dossier chaud au Québec qui avait provoqué la fin de son association avec le Parti Libéral du Québec, Thomas Mulcair s’est élevé en tant que symbole de la cause environnementale au Québec. Thomas Mulcair jouissait d’une image populaire positive et sympathique qui s’est répertorié sur le résultat électoral final. L’élection de ce dernier dans Outremont, avant d’être une percée du NPD au Québec ou une débâcle du PLC est avant tout, la consécration de l’environnement comme enjeu électoral en zone urbaine. Cette donnée sera primordiale pour tous les partis fédéraux. Des synapses se sont assurément touchées dans le cortex cérébral des stratèges politiques des partis fédéraux et, même, provinciaux. La piètre performance du Parti Conservateur (PC) dans ce secteur de Montréal hautement élitiste pourrait bien confirmer l’hypothèse avancée. Le rejet de Kyoto et les manoeuvres environnementales louches tentées par le PC au sommet de l’APEC afin de resigner un accord qui ne se baserait plus sur les données de 1990, mais bien sur celles de 2000, semblent avoir déplus énormément à l’électorat concerné. En fait, bien plus que la position Harperienne sur la guerre en Afghanistan qui implique des soldats enrôlés volontairement. Chantale Hébert, chroniqueur pour le quotidien Globe and Mail, a affirmé à la toute fin de son analyse, sur les ondes de la télévision de Radio-Canada, que ces résultats prouvaient encore une fois l’incapacité de Stephen Harper de s’approprier les sièges en zone urbaine. Sans expliquer les causes de ceci, elle confirme que ces deux dossiers font mal au PC, mais je doute que le parti s’en inquiète. Ce qui nourrit ce doute se trouve à Roberval-Lac St-Jean. Le PC, par l’entremise de son candidat Denis Lebel, a lessivé tous ses opposants. La marge entre lui et la deuxième prétendante, Céline Houde, est si immense qu’elle est humiliante pour elle et son parti, le Bloc Québécois. Ce secteur était considéré comme un château fort du Bloc Québécois. La grande majorité des électeurs ne comprennent même pas les discours de Stephen Harper lorsqu’il les exprime en anglais. Par contre, en Denis Lebel, le PC a recruté le maire de la Ville de Roberval. Qui de plus populaire que le maire, élu depuis 2000 et jouissant d’un appui indéniable de la population ! Il est foncièrement faux de croire que les gens ont voté pour le Parti Conservateur, les gens ont voté pour Denis Lebel. Maintenant, comment le PC convainc ses candidats ? Comment peut-il convaincre le maire d’une ville relativement loin des activités financières de Montréal et Toronto où le taux de chômage est élevé, où l’avenir de la jeunesse est sans cesse menacé, où presque personne ne parle parfaitement anglais, où les taux en faveur du référendum de 1994 demandant la séparation du Québec étaient bétons ? Les intérêts de M. Lebel sont-ils vraiment dirigés vers le bien de ses électeurs ? A-t-il réfléchi sur le fait que la campagne de recrutement pour la guerre en Afghanistan entreprise par son dorénavant parti affecte directement sa pauvre jeunesse sans avenir ? Qui peut être pour l’industrie militaire et la pollution, deux concepts qui nuisent, sans nuance, au simple principe de la vie ? D’autres petites questions banales, combien ça coûte un candidat vedette ? Les magnats de l’Alberta peuvent-ils se permettre cet investissement ? Combien de temps un gouvernement soumis au clivage, mais si assoiffé de pouvoir, peut-il tenir ? Sommes-nous rendus si pauvres, que nous plions face au populisme politique ?

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