Chronique : Politique québécoise – Mettre sa jupe à l’envers

En octobre, on apprenait que Jean Charest avait décidé d’amender la charte québécoise des droits et libertés pour faire de l’égalité homme/femme un principe primant sur tous les autres, notamment le droit de religion. L’objectif était d’envoyer un « message clair » et d’affirmer haut et fort que certains aspects de la société québécoise étaient « non négociables ». Devrait-on interpréter ce geste comme la première étape dans la construction d’un nouveau cadre social dans lesquels certaines valeurs québécoises seraient intouchables ? Non, puisqu’en fait comme plusieurs propositions libérales sur les questions d’identité et d’accommodement raisonnables, les mesures suggérées n’engendreront que des changements « cosmétiques ». Il est vrai qu’à travers cette intervention publique, Jean Charest a signifié que l’égalité homme/femme était suffisamment importante pour qu’il légifère sur le sujet. Donc, en ce qui a trait à « lancer un message clair », le premier ministre peut déjà dire : mission accomplie. Par contre, son bilan s’assombrit dès qu’on se penche sur la portée réelle du geste qu’il compte poser. De la poudre aux yeux Amender la charte québécoise pour hiérarchiser différemment les droits qui s’y trouvent est sans importance lorsqu’on prend en considération la portée légale très limitée dudit document. Contrairement à la charte canadienne qui est enchâssée dans la constitution, la charte québécoise n’est pas très différente d’une loi traditionnelle. Ainsi, en plus de pouvoir être modifiée facilement, elle n’est pas à l’abri des tribunaux. Nous sommes donc bien loin d’une modification profonde des rapports sociaux par l’affirmation de certaines valeurs comme supérieures et intouchables. Dans les faits, tant que le Québec ne détiendra pas sa propre constitution qui énoncera clairement quels sont les valeurs et les principes proprement québécois, aucune mesure législative ne pourra les rendre « non négociables ». Entre-temps, il serait donc mieux avisé pour le PLQ de proposer des mesures plus proactives pour défendre les valeurs qu’il considère comme centrales plutôt que de chercher à faire le « clip » des nouvelles.

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