Chronique : Québec : La loi 101, une vision à redéfinir

La loi 101 a 30 ans. 30 ans que la loi se fait bousculer. 30 ans que le symbole surplombe le texte de loi. La loi 101 est l’aboutissement romancé de la prédominance du français sur l’anglais au Québec. La loi 101, ce serait la façon brutale de dire à quelqu’un qu’il n’a plus le choix. La loi 101 représente l’argument final du parler français, la loi c’est la loi. La loi 101 renforcit l’idéal collectif des québécois francophones bien que celle-ci ne s’adresse pas vraiment à eux. La loi 101 agrémente la définition de la culture québécoise non pas parce qu’elle définit quelques traits, mais parce qu’elle veut d’abord et avant tout cibler quoi ne pas faire. Une façon d’authentifier ce qui est interdit ? La loi 101 n’a pas été écrite pour stimuler et nourrir une fierté nationale, elle a été rédigée parce que la population et les partis politiques avaient peur. La loi 101 a été créée dans un contexte d’État policier, elle doit punir les contrevenants. Ces trois paragraphes me lèvent le coeur. Je suis honteusement triste. Les dernières semaines ne font rien pour apaiser mon spleen national. En ces heures de débats, de commissions, de sophistages et de paranoias concernant les accomodements raisonnables, nous perdons encore une fois la chance de statuer candidement l’identité québécoise. Il faut réaliser qu’aujourd’hui, nous avons tous les ingrédients pour le faire, pour réaliser que notre langue et notre culture sont des richesses inestimables à tous les points de vue, même économique. La langue n’a jamais été autant un pouvoir économique qu’elle peut l’être actuellement. Plus que jamais auparavant, les spécificités culturelles entourant le langage sont gages d’un pouvoir économique local et international. La langue, le nouveau pouvoir économique La dynamique économique mondiale est entrée dans sa troisième phase d’exportation, c’est-à-dire l’intégration d’une globalisation économique de l’industrie du service. Avant l’uniformisation des systèmes informatiques, de la commercialisation d’Internet et du crash des entreprises de télécommunications, tel Nortel et Global Crossing (faillite avec dettes de 12.4 milliards de dollars), survenus au début des années 2000, les conditions n’étaient pas réunies afin de permettre aux compagnies de transférer les types d’emplois du secteur « service à la clientèle », dans des pays comme l’Inde, la Chine et d’autres pays d’Asie. [1] La raison du crash est toute simple. Dans la perspective d’un développement rapide et ambitieux de la technologie entourant le web, plusieurs compagnies de télécommunications ont surproduit des câbles à fibre optique. L’ensemble des dépenses ont été d’un trillion de dollars, mais très peu de recherches sur la perspective de la demande mondiale ont accompagné ces investissements [2]. L’expansion du système a plafonné et les compagnies se sont retrouvées avec beaucoup trop de câbles fibre-optique en stock. En plein coeur de la crise, des investisseurs indiens, chinois, russes et de l’Europe de l’Est ont acheté ces câbles à un prix ridiculement bas et se sont assurés de brancher leur pays à l’autoroute informatique. Ces pays, dont l’Inde, avaient, entre autres, dorénavant accès facilement à des sources d’information qui permettraient désormais de former des employés qualifiés dans des domaines variables. Une des qualifications nécessaires était bien entendu l’apprentissage de l’anglais. L’anglais : Solution pour les pays pauvres, appauvrissement pour les pays riches En Inde, les écoles de langue ont littéralement explosé depuis 15 ans. L’anglais est devenu un gage de richesse pour la nouvelle jeunesse indienne. Les jeunes ont le choix d’apprendre l’american english ou le british english, selon bien sûr l’orientation qu’ils veulent donner à leur carrière. Travailler pour le centre d’appel d’une multinationale permet de gagner un salaire plus élevé que ce que les précédentes générations indiennes n’ont pu jamais gagner. Le salaire mensuel moyen pour un employé de centre d’appel tourne autour de 20 000 rupees (525$) par mois. Gardez en mémoire que 400 millions de personnes, dans ce même pays, engrangent un salaire de moins de 1$ par jour (1000 à 1500 rupees par mois). Ces nouveaux jeunes sont riches et grandement motivés à le rester.
Il y a un sentiment général dans le pays qui laisse croire que l’Inde veut devenir le centre d’affaires du monde. Pour ce faire, le gouvernement doit s’assurer que sa population, enfin une partie de celle-ci, sache communiquer dans toutes les langues du monde, ceci inclut bien évidemment le français. Par contre, l’apprentissage du français est beaucoup plus ardu que peut l’être l’apprentissage du parler de Jr Bush. Imaginez comment peut l’être l’apprentissage du québécois. En définissant adéquatement la valeur de notre langue belle et la pertinence de développer des programmes favorisant son apprentissage pour les différentes communautés arrivantes, le Québec s’engage à forcer l’économie globale à adapter ses systèmes de communication. Le Québec forcerait surtout les multinationales à préserver leur centre d’appel sur son territoire puisque la possibilité de former des indiens parlant le Vigneault s’avèrerait presque impossible à faire en dehors de la botte québécoise. Aujourd’hui, aux États-Unis, seulement commander une pizza est une aventure mondiale. Le client appelle maintenant en Inde, mentionne sa commande au répartiteur qui lui, grâce à Internet, fait parvenir les instructions et les spécifications de ladite commande à la pizzéria du coin états-unien la plus proche. La téléphonie est désormais centralisée, digérée par cette jeunesse indienne qui se tue à apprendre une langue dénuée de tout accent afin d’éviter que le client se rende compte de la supercherie capitaliste. Vous serez sûrement surpris d’apprendre que McDonald utilise aussi la centralisation des centres d’appel. Certes, ce type d’emploi ne trône pas au sommet de la pyramide prestige, mais il permet assurément un adoucissement des conséquences de la mondialisation sur la société québécoise. Que serait le taux de chômage au Québec si on lui enlevait ses emplois liés à sa spécificité langagière et à sa culture propre ? Que lui resterait-il comme richesse et attribut économique si les quelques braves qui se sont battus pour les acquérir au cours de l’histoire n’avaient pas stimulé les générations subséquentes à défendre encore notre langue belle ? L’attente pour les services de Bell s’éterniseraient-ils plus longuement ? Pour avoir un simple aperçu de la réponse, je vous invite à suivre la suite du marasme économique que subissent les États-Unis. Ce pays subit de plein fouet cette variation des tendances. Bien sûr, la crise ne s’explique pas que par ceci, mais le déménagement des entreprises et l’augmentation de la sous-traitance dans le domaine des services n’atténuent certainement pas les conséquences de leur pétrin. Petite anecdote Toutes les populations mondiales se réjouissent de la prise de valeur de leur monnaie, bien que le dollar canadien, comme l’euro ou le rupee ne varient pas vraiment significativement entre eux. La seule monnaie qui varie actuellement est le dollar américain et il varie à la baisse ! Partout on y fait la même erreur, c’est-à-dire une envolée nationale économique vantant les vertus des économies respectives alors qu’il ne s’agit seulement des attendues conséquences d’une seule économie, américaine de surcroît, déficitaire et endettée. Le huard valait 38 rupees en janvier dernier, il en vaut plus ou moins 40 aujourd’hui. Cette variation est beaucoup moins remarquable que la hausse de 30 cents enregistrée contre le dollar de Jr Bush depuis 3 ans.
| Il ne devrait jamais appartenir à une nation d’expliquer qui elle est et pourquoi est-elle puisqu’elle va de soi. Ce travail devrait plutôt appartenir à ceux qui nient les raisons de l’autoproclamation et l’acharnement à castrer la liberté concernée. [1] Friedman, Thomas L. The World is Flat : The Globalized world in t he 21st century, p.75, Penguin Books, London, 2006 [2] ibid p.74

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