Chronique : Tous « documenteurs » ?

Parce qu’il ne s’est jamais contenté de sa fortune et qu’il a toujours pris des risques gratuits pour s’accomplir dans la vie, Steve Fossett est la parfaite illustration du dicton qui dit que « l’argent ne fait pas le bonheur ». Après Michael Moore et le cinéma, j’avais donc prévu que mon prochain texte porterait sur ce sujet-là. Mais le commentaire intéressant de René suite à ma chronique précédente m’a fait revenir sur mon projet. Et afin de parler à tout le monde (surtout ceux qui ne sont pas cinéphiles !), j’ai décidé de consacrer une nouvelle chronique au cinéma… et en particulier au genre du « documentaire ». Pour tous ceux qui ne sont pas cinéphiles et qui ne connaissent pas les règles du cinéma comme l’écrivait Aude avec raison, le « documentaire » est le film qui s’oppose aux films de « fiction ». Or, comme le savent tous ceux qui étudient le cinéma, qui s’y intéressent ou qui en vivent : un film est une fiction. Et même le documentaire, qui a pour finalité première de « filmer la réalité » ne peut être qu’une œuvre où se ressent l’imagination, la création artistique de son auteur. Pour une bonne et simple raison : il n’est pas possible de filmer le réel. Le spectateur percevra toujours le monde à sa manière et non exactement comme le réalisateur l’a perçu. Mais déjà le fait de percevoir éloigne de la réalité et impose la notion de vérité. Dziga Vertov essaiera d’ailleurs d’inventer le « cinéma-vérité » (appelé aussi le cinéma direct) et signera l’un des plus beaux chefs-d’oeuvre du cinéma en 1929 avec L’Homme à la caméra. Tout l’art, tout le génie, tout l’intérêt de ce film reposant sur le travail effectué au montage, ce documentaire ne pouvait donc être qu’une fiction. Car il y a de la mise en scène lors du tournage d’un documentaire : l’éclairage, les dialogues, l’échelle des plans et même le scénario font que le réel ne peut pas rester en l’état. Filmer, ce n’est pas regarder. Et ne pas faire l’erreur de « regarder » est tout le travail du cadreur. Tout son génie. Ainsi, il faut toujours truquer pour arriver à un film regardable. Un film est donc une fiction. Une création artistique. Pour autant, Michael Moore n’est-il pas plus un « menteur » qu’un documentariste ? La question a le mérite d’être posée et Debbie Melnyk a parfaitement raison d’y répondre en réalisant Manufacturing Dissent. Désormais, tous les futurs réalisateurs, qui sont actuellement dans les écoles de cinéma, auront le devoir de visionner ce film de la réalisatrice canadienne pour comprendre l’œuvre du célèbre cinéaste américain. Michael Moore, comme le dit Aude dans son commentaire, est nécessaire à la compréhension de la politique américaine actuelle. Mais là où il est un peu hypocrite, c’est quand il parle en sage en vantant les vérités de ses films alors que le taux de cinéphiles par sociétés est extrêmement faible et que donc le nombre de personnes qui comprennent exactement son œuvre sont bien peu nombreuses. Quasiment inexistantes. C’est pour cela d’ailleurs, pour reprendre ce que disait Aude, qu’un journalisme du cinéma est nécessaire. Les critiques de cinéma sont indispensables. Et les documentaristes qui prennent le cinéma pour sujet sont toujours les plus appréciés des cinéphiles parce que dans cet univers, il est dit que les meilleurs films portent sur les autres films. Ainsi, il ne s’agit pas d’être un « documenteur », mais un véritable artiste.

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