Chronique : Universités françaises : Rien sans les lycéens

Le mouvement étudiant français en lutte pour l’abrogation de la LRU votée pendant la période des grandes vacances entre dans une nouvelle phase : le mois de décembre. Une phase plus difficile. Un mois plus froid. Une période plus rude à l’approche des vacances de Noël et des examens du premier semestre. La vie du bloqueur n’est pas une vie facile. Elle est même éprouvante. Levé très tôt pour se rendre à la fac vers six heures du matin quand ce n’est pas avant, le bloqueur doit ensuite affronter les insultes et ceux qui le traitent de tous les noms (y compris celui de fainéant), préparer l’assemblée générale, la manifestation ou l’action prévue, répondre aux journalistes qui lui confient que si les médias ne font pas dignement leur métier sur la question de la LRU, c’est parce que « la rédaction ne comprend rien à ce qu’il se passe étant dans des bureaux au chaud et non sur le terrain », puis finit sa longue journée vers une ou trois heures du matin (quand il ne dort pas sur le campus) pendant que ceux qui se plaignent peuvent réviser autant de fois qu’ils le veulent le peu de cours qu’ils ont eu avant le blocage. Cours sur lesquels ils seront interrogés puisqu’un universitaire (et c’est la raison pour laquelle « nous sommes des universitaires » comme dirait un enseignant-chercheur en assemblée générale étudiante) n’a pas le droit de préparer un examen sur des cours qui n’ont pas eu lieu comme prévus. Ainsi, les cours dits « sauvages », c’est-à-dire qui ont eu lieu dans des cafés, dans une autre fac ou qui se font par mails ne comptent pas pour l’examen. C’est interdit. De quoi rassurer ceux qui sont contre le blocage et contre la loi ? Il y en a tellement qui ne le savent pas ! Il est tellement plus facile de ne pas penser à demain, de traiter les bloqueurs de fainéants sans mesurer leur investissement, de les accuser d’être un mouvement politique et de se vanter d’être apolitique alors que tout est politique et que le véritable préjugé est de croire que le mouvement anti-LRU est « politicien » et non politique. Politicien, ce qu’il n’est pas non plus pour le plus grand malheur des militants de la Gauche radicale. Car, en effet, parmi ceux qui luttent contre la LRU, il y a des militants de l’Extrême-Gauche comme ceux qui organisent le mouvement antiblocage se présentent comme apolitiques en assemblée générale, mais reconnaissent être de Droite et « fiers de l’être » en privé. Mouvement antiblocage : mouvement qui pourrait tuer la lutte anti-LRU comme le tente désormais l’UNEF : syndicat étudiant hyper médiatique qui a su admirablement lutter contre le CPE à un an des élections présidentielles françaises, mais qui a su très vite se contenter de quelques aménagements de la loi Pécresse quelques mois après ces élections perdues par le parti politique le plus proche de lui (le PS) et à un moment où les enseignants-chercheurs s’ajoutent à la contestation. Suivant ainsi les lycéens : acteurs capitaux de cette lutte puisque eux seuls ont la faculté de faire abroger la loi. En effet, contrairement à l’étudiant qui est en général salarié (50% des étudiants français) et qui vit soit en colocation, soit chez lui, soit en Cité universitaire ; le lycéen, lui, est le centre de la famille. Il est majoritairement mineur et vit chez ses parents qu’il n’a jamais quittés, qui se sentent responsables de lui et qui le voient comme un enfant. Ainsi, un étudiant bloqué ne préoccupera personne (il est grand, il fait sa vie) alors qu’un lycéen empêché d’aller en cours ne laissera pas ses parents indifférents. Ainsi, ces derniers en viendront à s’intéresser à ce qu’il se passe, à la cause du blocage et prendront connaissance de la loi en question. Alors, devant la gravité de cette réforme sans précédente, ils agiront avec leur enfant, viendront aux manifestations comme au temps du CPE, feront basculer les sondages et le Gouvernement n’aura plus d’autre choix que de reculer comme le Gouvernement grec a dû céder l’année dernière. Parce que le lycéen est le seul capable de mettre la rue à la rue, il faut absolument que les étudiants agissent avec les lycéens et que la coordination nationale de contestation soit commune et non syndicale. Il n’y a qu’ensemble qu’une abrogation est possible.

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