Frontière États-Unis – Canada : Entonnoir commercial

Accord de libre-échange et renforcement de la sécurité aux frontières ne font pas bon ménage. Avec 70 % des importations canadiennes en direction du voisin américain, la fluidité du passage aux douanes a une importance capitale. Le renforcement de la sécurité est donc problématique. Dernier d’une série de trois articles. Revoir et réduire les mesures de sécurité excessives mises en place à la frontière entre le Canada et les États-Unis ou courir le risque de voir cette dernière « transformée en stationnement », voici le message passé mercredi dernier par Michael Wilson, l’ambassadeur du Canada à Washington, en direction du service américain des douanes et de la protection des frontières. Ces propos font écho à ceux de Stephen Harper, tenus en septembre 2006, qui pourfendaient des mesures de sécurité aux frontières « piètrement réfléchies et piètrement appliquées ». Autant de déclarations qui mettent en exergue la dépendance de l’économie canadienne vis-à-vis de la sécurité des douanes américaine. Frein à l’exportation Chaque camion qui traverse la frontière depuis le Québec perd en moyenne 30 minutes à cause des contrôles de sécurité. Avec un million et demi de camions transitant chaque année, cela représente une perte de 70 millions de dollars canadiens, selon un rapport rendu public en 2005 par la Chaire d’études politiques et économiques américaines (CÉPÉA) de l’Université de Montréal. On y apprend aussi que « la simple perception selon laquelle les mesures de sécurité à la frontière sont un obstacle à la libre circulation du commerce entraîne des pertes non quantifiables sous forme d’exportations non réalisées ou d’investissements faits aux États-Unis plutôt qu’au Québec ». Conscients du renforcement de la sécurité depuis les attentats du 11 septembre 2001, les élus des zones frontalières tentent de défendre tant bien que mal leurs exportateurs : « On veut que les postes frontaliers soient ouverts 24 heures sur 24, les manufactures ont besoin de passer la frontière », clame France Bonsant, députée du Bloc québécois de la circonscription frontalière de Compton-Stanstead. La députée se dit partisane de la libre circulation des biens et des personnes, ce que ne permet pas totalement l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), entré en vigueur en 1994. Impacts sur les voyageurs Il n’y a pas que le transfert des biens qui subit le contrecoup du renforcement de la sécurité aux douanes. Le marché touristique commence à l’être lui aussi et cela devrait s’accentuer à partir du 1er janvier 2008. Tous les voyageurs désirant franchir la frontière devront présenter un passeport, ce que ne détenait qu’un tiers des Canadiens en 2006 et un quart des Américains. Dans ces conditions, plusieurs millions de visiteurs américains vont rester chez eux, ce qui entraînera une perte de près de 2 milliards de dollars à la seule province de l’Ontario, selon les estimations de la Commission canadienne du tourisme. Pour ne pas achalander les postes de douane, un système de traitement accéléré des voyageurs, du nom de NEXUS, a été créé, fin 2001, dans le cadre de la déclaration binationale sur « la frontière intelligente ». Il permet aux participants de passer plus rapidement la frontière en empruntant des voies réservées. S’il s’étend petit à petit à tous les postes frontaliers, il n’en reste pas moins extrêmement exigeant puisque les individus désireux de l’utiliser doivent fournir des données biométriques aux autorités. Pour Anne McLellan, ancienne vice-première ministre de Paul Martin et aujourd’hui professeur de politique américaine à l’Université de l’Alberta, les deux pays devraient plutôt s’attarder à identifier les principaux risques et se concentrer dessus pour accroître l’efficacité aux douanes : « Washington voit tout sous le prisme de la sécurité. Au lieu d’arrêter n’importe quel véhicule, comme ce camion de pompier en intervention la semaine dernière, ils devraient se concentrer sur quelques personnes dangereuses. » Mécontentement aussi du côté américain Le renforcement de la sécurité touche également la population et le monde des affaires américains. « Nous sommes très inquiets », déclare Jennifer Morris, directrice adjointe du Conseil des affaires canado-américaines, situé à Washington. Si le renforcement de la sécurité ne doit pas être remis en cause, selon elle, il faut tout de même « trouver un équilibre pour ne pas mettre en péril la fluidité du commerce ». « Chaque minute passée à attendre à la douane a un impact économique », ajoute-telle. Deux premiers articles de cette série Frontière États-Unis – Canada : La « passoire » se renforce Frontière Etats-Unis – Canada : Désunion américaine Le journal indépendant de l’Université de Montréal Quartier Libre est le principal journal des étudiants de l’Université de Montréal (UdeM). Organe de diffusion indépendant de la direction de l’UdeM, Quartier Libre est un bimensuel distribué à plus de 7000 exemplaires sur et autour du campus. Quartier Libre compte sur la collaboration de plusieurs étudiants (dans différents domaines d’étude) de l’UdeM et de quelques journalistes extérieurs. Il se veut un journal école, un tremplin pour les étudiants qui souhaitent faire carrière en journalisme et se donne comme mandat de traiter de tous les sujets chauds du campus de l’UdeM et d’ailleurs, de faire des analyses sur des thèmes de société et internationaux et de promouvoir la culture émergeante qui n’est pas ou peu couverte par les autres journaux québécois. Innovateur et dynamique, il a été nommé « meilleur journal étudiant du Canada » par Paul Wells, chroniqueur au magazine canadien Macleans. L’ensemble de la rédaction est rémunéré pour son travail. L’équipe rédactionnelle 2007-2008 est composée de Rachelle Mc Duff (directrice et rédactrice en chef), Clément Sabourin (chef de pupitre campus), Julie Delporte (chef de pupitre culture), Thomas Gerbet (chef de pupitre société-monde) et Clément de Gaulejac (directeur artistique).

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