La PAC : une révolution pour le secteur agricole ?

La production agricole représente en Roumanie et en Bulgarie respectivement 15 % et 21 % du PIB. Elle occupe 40 % de la population active en Roumanie, contre 25 % en Bulgarie. De larges étendues de terres fertiles leur offrent un potentiel considérable pour l’agriculture. Pourtant, alors que ces États détiennent a priori toutes les cartes en main pour un excellent rendement – terres, climat favorable, main-d’œuvre abondante – la production demeure faible et l’agriculture peu compétitive à l’heure actuelle. Un potentiel peu exploité
Différents facteurs expliquent les difficultés pour ces deux candidats à l’adhésion de mettre en valeur ces atouts.
La première raison s’explique par l’histoire. Après avoir été confisquées par l’Etat sous le régime communiste, les terres cultivables furent redistribuées à leurs propriétaires d’origine après l’indépendance sous forme de minuscules parcelles, utilisées pour la plupart comme terres de subsistance. Une grande partie de la production agricole est donc destinée à l’usage privé des exploitants et non à la commercialisation. Ce morcellement empêche une exploitation économiquement viable. Le second frein au développement agricole réside dans l’archaïsme des outils et techniques. Nombre de paysans n’ont pas dépassé le stade de la charrue et du cheval de trait. Cette arriération technologique réduit fortement la productivité et surtout empêche ces deux Etats de soutenir la concurrence des puissances agricoles.
Par conséquent, les paysans, incapables d’adapter seuls leurs méthodes de production, ne cessent de s’appauvrir et sont dès lors enclins à se déplacer vers les villes en quête d’un emploi mieux rémunéré. Cet exode rural se solde souvent par la désillusion : loin d’y trouver un meilleur travail, les agriculteurs doivent affronter des conditions de vie encore plus rudes. Troisièmement, la Roumanie et la Bulgarie ne répondent aux normes européennes ni en matière d’exploitations ni en matière de sécurité alimentaire, ce qui réduit fortement leurs possibilités d’exportation. Des efforts considérables doivent encore être fournis pour se mettre au diapason des législations communautaires concernant les bâtiments d’exploitation et des exigences en matière vétérinaire et phytosanitaire. Des secteurs porteurs d’avenir
Pour pallier à ces difficultés, Bulgarie et Roumanie pourraient s’orienter vers certains créneaux dans lesquels elles détiennent des avantages comparatifs. Par exemple, en Roumanie, les récoltes de graines oléagineuses, ainsi que de blé et de maïs, sont particulièrement fructueuses et constituent la majeure partie des exportations. La Bulgarie quant à elle exporte principalement des céréales, du tabac, du vin ainsi que des graines de tournesol. Leur principal partenaire commercial n’est autre que l’Union Européenne. Étant donné le morcellement des terres agricoles, elles pourraient également se spécialiser dans des cultures de nature moins extensives, comme la viticulture, pour laquelle il existe une tradition bien ancrée. Elles pourraient également mettre en place des filières biologiques. L’archaïsme des techniques et le morcellement territorial pourrait de la sorte être tourné à leur profit. La PAC à la rescousse
Outre ces quelques pistes, le salut pourrait peut-être venir, du moins partiellement, de l’adhésion à l’Union européenne, qui s’accompagnera de l’application de la politique agricole commune. Celle-ci permettra-t-elle aux agricultures roumaine et bulgare de prendre leur envol et de venir prendre part dans le grand jeu de la concurrence au sein du Marché Intérieur ? La législation de l’Union Européenne, y compris la PAC telle que réformée en 2003 (voir encadré), est amenée à s’appliquer pleinement à la Roumanie et à la Bulgarie dès leur adhésion. Ces deux nouveaux Etats membres bénéficieront de l’ensemble des mesures destinées à favoriser l’agriculture, à savoir les aides directes au revenu et les mesures de développement rural. Dès 2007, les agriculteurs roumains et bulgares se verront octroyer des paiements directs. La construction d’une agriculture efficace requiert également l’adoption de politiques facilitant la réorganisation structurelle. Des politiques de développement rural viseront à rencontrer les besoins urgents de modernisation de l’agriculture. Les agriculteurs procédant à des restructurations bénéficieront d’aides spéciales, en application du règlement sur le développement rural. Modernisation, restructurations
Par ailleurs, même indépendamment de leur adhésions à l’UE, Bulgarie et Roumanie seront vraisemblablement soumises au phénomène général affectant tout les pays en développement, en vertu duquel le secteur agricole sera amené à se restructurer sous la pression de la concurrence, ce qui entraînera une réduction de la main-d’œuvre agricole. A l’heure actuelle, le nombre d’emplois dans l’agriculture demeure extrêmement élevé, mais on s’attend à un déclin imminent. Cette modernisation entraînant inexorablement une diminution de la main-d’œuvre agricole, l’économie rurale devra être diversifiée afin de permettre la conversion d’une partie du travail agricole en activités non agricoles, pour offrir des emplois alternatifs et ainsi alléger les conséquences des restructurations. Dans ce contexte, l’Union européenne sera amenée à soutenir des programmes de formation professionnelle dans les zones rurales. L’application de ces différentes mesures de la PAC mettra les agricultures roumaine et bulgare sur la voie de la modernisation, et donc de la compétitivité. Des aides importantes pour les changements structurels dans l’agriculture et l’industrie alimentaire ont déjà été octroyées par l’Union à ces deux candidats dans le cadre du programme SAPARD couvrant la période 2000-2006. Intégrer l’acquis
D’autre part, revers de la médaille, la Bulgarie et la Roumanie devront se mettre en conformité avec les normes européennes et veiller à l’application des législations communautaires. En effet, les produits de l’agriculture roumaine et bulgare seront amenés à être commercialisés dans les différents pays de l’Union en vertu du principe de libre circulation des biens, et devront donc immanquablement répondre aux exigences en matière de sécurité alimentaire et de protection des travailleurs. Comme pour les 10 nouveaux Etats membres, une aide spéciale aux investissements sera prévue afin de faciliter pour les agriculteurs le mise en concordance avec les normes européennes en matière de sécurité alimentaire, de respect de l’environnement et de bien-être animal. Et le budget ?
En définitive, l’application de la PAC dans un marché unique élargi provoquera vraisemblablement une augmentation générale de la production et de la consommation des nouveaux Etats membres, et créera une demande pour des produits à plus haute valeur ajoutée. Par ailleurs, elle entraînera bien évidemment certaines incidences budgétaires. En terme de financement global, le Sommet de Bruxelles en décembre 2005 a décidé de maintenir pour l’Europe des 27 le plafond applicable à l’Europe des 25. L’enveloppe totale des mesures en matière de PAC prises en faveur des deux pays est estimée à 7062 millions d’euros pour la période s’étendant de 2007 à 2013. De cette somme, la Bulgarie percevra 1702 millions (24, 1 %) et la Roumanie 5360 millions. Onéreux dans l’immédiat, mais bénéfique pour l’ensemble des Etats membres à plus long terme. Remerciements à Michael Mann, porte-parole de la Commission européenne pour l’agriculture et le développement rural. La PAC telle que réformée en 2003 La Politique agricole commune ou PAC est une politique mise en place à l’échelle de l’Union européenne pour moderniser et développer l’agriculture. A l’origine, en 1950, dans le contexte d’une société dévastée par la guerre, la PAC fut mise en place pour augmenter la productivité agricole afin d’assurer aux consommateurs l’approvisionnement en denrées alimentaires à des prix abordables. Ainsi, les agriculteurs bénéficiaient de subsides à la production et de prix garantis. Cette pratique, considérée comme une forme de protectionnisme, crée des distorsions de concurrence souvent considérées comme contraire aux intérêts des pays en développement. Dès le départ, la PAC s’articule sur deux axes : les aides directes au revenu d’une part, et les mesures de développement rural destiné à promouvoir le développement économique et social des zones agricoles d’autre part. Dans les années 1980, cet objectif de productivité fut largement atteint et même dépassé. Des excédents énormes de produits agricoles furent détruits ou exportés à bas prix vers les pays en développement.
En 2003, la PAC fut réformée en profondeur afin de modifier radicalement les modalités de financement du secteur agricole communautaire. Les aides directes au revenu sont désormais allouées indépendamment du volume de production. De nombreuses normes en matière d’écologie, de sécurité alimentaire, dont la violation entraîne une réduction des paiements directs, furent édictées. En outre, la réforme vise à promouvoir des projets locaux de développement rural adaptés au contexte social et géographique des différentes régions. La nouvelle PAC est donc essentiellement axée sur des objectifs de développement durable. La PAC représente environ 40 % des dépenses dans le budget européen.

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