La Sagrada Familia affectée par l’arrivée du train à grande vitesse.

Des touristes des quatres coins du monde photographient le monument le plus emblématique de Barcelone : la cathédrale de la Sagrada Familia. Pour beaucoup, elle est la meilleure œuvre architecturale de la ville, et pour d’autres, la principale raison de leur venue à Barcelone. C’est peut-être pour cela que tous réagissent avec tant de surprise en apprenant la construction d’un tunnel par lequel passera le train à grande vitesse, à moins d’un mètre de ses fondations : « C’est très bizarre ! » s’exclame un groupe de français. Les membres de la paroisse de la Sagrada Familia et les responsables de la construction de l’édifice sont surpris et atterrés. Parmi eux, Jordi Bonet, qui dans une entrevue qu’il nous a accordé, qualifie le projet d’ « absurdité ». C’est pourquoi ils ont présenté un contentieux devant l’Audience Nationale pour demander que le train à grande vitesse, qui traverserait la façade principale de la Sagrada Familia pour arriver à la gare de Sagrera, s’éloigne de l’édifice. Le remède sera pire que la maladie L’évêque de la cathédrale, appuyé par des géologues, ingénieurs et autres experts, craint l’affaiblissement que le passage des trains et les travaux pourraient engendrer à court ou à long terme. Afin de remédier à de possibles dommages, un mur écran sera construit entre le tunnel et les fondations. Selon Bonet, « le remède sera pire que la maladie » , les travaux du mur seront déjà très agressifs pour le temple et bloqueront certaines entrées pour les visiteurs et pour l’accès au chantier du monument. Le gouvernement, qui, apparemment à déjà décidé du trajet du train, est appuyé par beaucoup d’ingénieurs qui nient un quelconque danger. La mairie, quelque peu sceptique, sera conseillée par une commission de 6 experts qui se réunira tous les 3 mois. Mais Bonet n’a pas confiance : « Comment peut-on les croire ? » . L’architecte se réfère à l’affaissement d’un tunnel de métro du quartier barcelonais du Carmel, qui a provoqué plusieurs effondrements, et d’un autre tunnel du train à grande vitesse près de l’aéroport. « Certains pensent que l’on peut tout réaliser » affirme Bonet « mais le risque zéro n’existe pas » et il continue, « quelques ingénieurs disent qu’il n’y a aucun danger alors que d’autres disent que si, et moi je pense que le plus sensé est de ne pas jouer ». Le manque de sondage déclaré par le Collège des Géologues laisse aussi place au doute. Le projet a débuté il y a de cela 6 ans, et il a déjà changé plusieurs fois de trajet, l’arrivée du train à grande vitesse à la frontière a déjà été retardée de 3 ans pour des raisons de sécurité et maintenant, 5 sondages doivent encore être effectués, « Est-ce vraiment sérieux ? », se demande Bonet. Intérêts inconfessables Le gouvernement « ne veut rien savoir » des autres possibilités. En traçant le trajet par la côte, on pourrait réutiliser des tunnels qui unissent la Estacio de Franca à Sagrera et élaborer un projet moins coûteux et qui engendrerait un endommagement moindre. « Quels sont les intérêts que ne veut pas nous confesser le gouvernement ? » s’étonne l’architecte. Il nous explique alors que des terrains de la Estacio de França ont été vendus à l’entreprise de construction Sacyr-Vallehermoso, à laquelle ont également été attribués les travaux du train à grande vitesse. « C’est un véritable marché ! » s’exclame t-il. Le train à grande vitesse, qui pourrait suivre un autre trajet, passe en frôlant l’édifice le plus imposant de la ville, qui plus est doté d’une structure fragile et unique, classée au patrimoine de l’humanité. « Notre devoir est de défendre cela … c’est le mien et celui de tous ! ». L’évêque espère que, si le tunnel ne se construit pas, la Sagrada Familia reste couverte en 2011. Quant à la question de quand sera-t-elle définitivement terminée, Bonet répond, « Si je le disais, je suis sûr que je me tromperais. Déjà lorsque l’on posait la question à Gaudi, celui-ci répondait : « Mon client n’est pas pressé » ».

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