L’amour à portée de clic

Ils sont heureux. Depuis deux ans, Tanja (23 ans) et Réné (28 ans) sont un couple inséparable. Né d’Internet. En 2005, la jeune étudiante en Droit se lance dans la recherche d’un partenaire en ligne. Sa curiosité l’amène au site de rencontre ilove.de. Quelques semaines après son inscription, un jeune homme lui écrit. Ils commencent à s’envoyer des mails quotidiens, ils parlent de banalités, de leurs familles, de leurs études. Un mois plus tard, ils ont rendez-vous à la gare. « C’était complètement bizarre, se souvient Tanja, comme Réné n’avait vu qu’une seule photo de moi, il ne me reconnaissait pas ». Mais tout allait bien : deux jours plus tard, ils se retrouvent, le contact devient plus intensif, plus intime. Entre-temps, la jeune étudiante et le soldat de carrière se voient chaque week-end. En août 2007, ils prévoient de se mettre en ménage. L’histoire de Tanja et Réné n’est pas un cas isolé en Allemagne. Onze millions de célibataires : le marché du coeur marche très bien et Internet est devenu l’entremetteur numéro un. Il existe plus de 2 000 sites de rencontre allemands et plus de 6,2 millions personnes enregistrées. Soit deux fois plus qu’en 2003 ! Cette transformation dans la méthode du choix du partenaire s’accompagne d’une évolution des moeurs. Autrefois, on avait honte d’avoir connu l’amour sur Internet. Aujourd’hui, cette façon de flirter est courante. C’est même devenu un phénomène de masse. Sur tous les grands sites, les couples heureux témoignent et font de la pub… Qu’on est bien au supermarché Est-ce si difficile de trouver un partenaire ailleurs que sur Internet ? Sommes-nous trop complexés, trop occupés, trop exigeants ? Eric Hegmann, auteur et journaliste allemand qui a déjà travaillé pour deux sites de rencontre, explique que « le fait d’être très exigeant rend la recherche du partenaire plus difficile. On apprend tous qu’on mérite le meilleur dans la vie. De fortes exigences sont importantes, mais elles ne doivent pas être projetées sur son partenaire. Sinon, cela peut aboutir au fait de rendre son partenaire coupable de l’échec d’une relation : « Ce n’était pas le bon ». Internet nous montre qu’il y a des millions d’autres célibataires qui nous attendent. » Effectivement, Internet a quelques avantages. On peut y contacter plus de partenaires potentiels en un soir que pendant une année entière. Et ce, sans même quitter le sofa ! Et puis on peut cacher son insécurité et ses petits défauts… Même essuyer un refus y fait moins mal. Il n’y a pas d’usager type. Toute sorte de gens sont présents sur ces sites. Et l’offre s’adapte : il y a des sites pour des gens gros, des homosexuels, des parents isolés, des musulmans, des handicapés, des cultivateurs solitaires… Même « la génération des cinquante ans et plus recourt de plus en plus aux sites de rencontre en ligne », souligne Eric Hegmann. Ça manque de sel Merveilleux… mais pas pour tout le monde ! Des opposants résistent. Comme Sophia Wenzel, jeune bachelière de 18 ans, qui déteste les sites de rencontre en ligne. « Ce qui compte pour moi, c’est de vivre et de faire l’expérience du monde et des autres. Et à mon avis, ce n’est pas possible par le biais d’Internet », dit-elle. Franchement, le citoyen moyen allemand passe déjà trop de temps devant son ordinateur. La recherche d’un partenaire en ligne n’implique-t-elle pas une négligence accrue des contacts sociaux ? Hegmann précise que « celui qui cherche sérieusement un partenaire passera rapidement de la prise de contact en ligne à des rendez-vous réels ». Néanmoins, d’autres dangers pointent le bout de leur nez. Le fait de vouloir « commander son partenaire idéal » progresse grâce aux questionnaires détaillés et leurs critères de recherche. « Il suffit de lancer le moteur de recherche pour pouvoir trouver le partenaire de ses rêves, se le faire livrer à domicile et l’essayer. Si ça ne marche pas, il suffit d’en commander un autre. » Cette mentalité fortifie la tendance, déjà existante dans notre société, de ne plus travailler à une relation problématique mais de tester le partenaire suivant. Sur le site match.com, l’internaute est par exemple salué par l’ordre « Stöbern Sie sofort los » (« Commencez à fouiller tout de suite », ndj). Les sentiments restent sur le carreau. Ce système, fondé sur des questionnaires, ne propose que des couples égaux, ne choisit que des candidats qui vont bien ensemble. Les couples asymétriques ne sont plus prévus. Les contraires ne s’attirent-ils plus ? « On sait, grâce aux études sur les couples, que des partenaires qui se ressemblent ont plus de chances pour une relation stable et durable. » Les personnalités doivent s’accorder, certes, mais Hegmann pense aussi que des contraires peuvent « pimenter » une relation et que des partenaires différents peuvent s’enrichir mutuellement. « Les bonnes agences de rencontre tiennent compte de cette alternance entre égalité et divergence dans leurs questionnaires scientifiques et psychologiques », déclare-t-il. Réné n’était pas sur la liste établie pour Tanja. Les hommes sur sa liste ne lui plaisaient pas du tout. Internet ne détermine donc que des probabilités, pas des sentiments.

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