Le Brésil en Haïti : la force va de pair avec le dialogue

Haïti tente progressivement de sortir d’une impasse, d’une situation où l’État ne possède pas les moyens de gouverner, où il a presque cessé d’exister. En 2004, après la sortie du président Jean-Bernard Aristide, le chaos s’est installé. Les niveaux de corruption, de violence et de pénurie sociale étaient alarmants. Cette république des Caraïbes fût la première à déclarer son indépendance en Amérique latine, en 1804. Aujourd’hui, Haïti est l’enfant pauvre du continent. En 2006, la mission des Nations unies a atteint un progrès : l’organisation d’une élection présidentielle démocratique qui a porté au pouvoir René Preval. Cependant, pour que les buts achevés – qu’ils soient politiques ou concernant l’augmentation de la sécurité – demeurent valides, il faut que la population s’identifie à la Mission de l’ONU et participe à ses activités. D’après le colonel Cunha Mattos, le chef de la section d’informations publiques du Centre de Communication Sociale de l’armée, les troupes brésiliennes contribuent à ce dessein. Les soldats brésiliens sont spécialement disposés à écouter la population locale. Ils se livrent, par exemple, à divertir les enfants, ils jouent au football, ils font l’effort de parler aux Haïtiens sans savoir aucun mot de créole – la langue locale. « Le Brésilien est doté de cette capacité incroyable de communication », renforce Cunha Mattos, qui a été en Haïti entre décembre 2005 et juillet 2006. Selon les sondages, 78 % des Haïtiens approuvent le modèle d’action du contingent brésilien. Au total, ils sont 1 200 hommes brésiliens sur le territoire haïtien ; chaque six mois, tout le contingent est changé. Outre le Brésil, 19 autres pays (dont le Canada) participent à la MINUSTAH avec des contingents militaires. « Il est inutile d’envahir le territoire et d’y rester quelques semaines pour en sortir après. Ainsi, les bandits reviennent », soutient Mattos par rapport aux opérations de prise de contrôle dans les bidonvilles de la capitale Port-au-Prince. Le Brésil a agi, par exemple, dans Bel-Air et Cité Soleil – les plus grands bidonvilles du pays. La mission s’engage à rétablir l’ordre et la sécurité locale. Pourtant, elle ne devient soutenable que moyennant la participation locale. Par le biais du contact proche entre l’armée et le peuple, la mission brésilienne renforce la conscience et l’espoir d’une vie qui reprendra sa normalité. Tout de même, des initiatives qui récupèrent le commerce local sont mises en place, l’argent circule entre la main d’œuvre locale qui est sollicitée pour contribuer au maintien de l’ordre alors installé. Cette coopération engendre, par exemple, l’entrée des ONGs et des organisations internationales qui pourront désormais mettre sur pied leurs activités. L’objectif de la mission s’avère donc l’apport de la sécurité et de l’ordre où l’État n’est pas présent. Néanmoins, Cunha Mattos affirme que le contrôle doit bientôt être repassé aux forces haïtiennes. La formation des contingents policiers locaux et le combat à la corruption sont les priorités. Au début de la MINUSTAH, il y avait tout simplement huit mille policiers censés couvrir une nation de presque huit millions d’habitants. Le retrait définitif des troupes est prevu pour 2011, afin d’assurer la réalisation des prochaines élections. Toutefois, Cunha Mattos affirme que l’ONU a déjà demandé au Brésil de rester plus longtemps et d’être le dernier pays à sortir de l’Haïti.

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