Le Sud en première ligne

Depuis une dizaine d’années, la baisse de la participation des pays industrialisés est contrebalancée par un accroissement du nombre de militaires issus de pays en voie de développement. Avec 10 622 Casques bleus, le Pakistan est en tête du classement des pays contributeurs. Suivent le Bangladesh (9 455), l’Inde (9 379) et le Nigéria (5 774). Le premier pays occidental, l’Italie, n’arrive qu’au neuvième rang du classement avec 2 916 membres. L’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-unis se retrouvent au milieu du classement avec une contribution qui oscille entre 300 et 500 soldats, policiers et observateurs militaires. Le nombre de Casques bleus est pourtant passé de 11 000 en 1990 à plus de 90 000 aujourd’hui. « Les missions de maintien de la paix se sont multipliées et sont devenues de plus en plus ambitieuses », explique Marc-André Boivin, directeur adjoint du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix de l’UdeM. En 2008, 20 opérations de maintien de la paix ont lieu dans le monde, principalement en Afrique, Asie et Moyen- Orient. La crise de croissance a occasionné ce que M. Boivin appelle « les trois désastres », soit la débâcle en Somalie (1993), l’inaction lors du génocide rwandais (1994) et le massacre de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine (1995). Selon lui, « ces trois événements ont provoqué une perte de confiance des Occidentaux envers les Casques bleus ». Le désir de collaborer aux missions de l’ONU a chuté. Les pays industrialisés ont alors décidé de se concentrer sur des organisations plus ou moins régionales, telle l’OTAN, mais ont continué à financer les missions. De leur côté, les pays plus pauvres se sont chargés de fournir les troupes. « Ce modèle s’opère depuis quelque temps », souligne M. Boivin. La participation financière permet aux pays occidentaux, en s’associant aux idéologies onusiennes, de satisfaire l’opinion publique. Malgré tout, le nombre de missions de maintien de la paix est demeuré élevé et par là même, les besoins en Casques bleus. La participation de pays plus pauvres est devenue incontournable. Ce qu’y gagnent les pays du Sud En échange de leurs services, les pays qui contribuent reçoivent un dédommagement financier : « Pour chaque soldat envoyé, un pays obtient une prime mensuelle [1028 dollars américains] et cette dernière est constante », dit M. Boivin. L’ONU le déclare officiellement sur son site Internet : « Les pays qui fournissent des contingents et des unités de police constitués sont remboursés par l’ONU […] pour les uniformes et l’équipement, y compris les armes personnelles. » Des dollars américains très rentables pour des États dont la devise vaut parfois cinq fois moins cher. Yvan Conoir, chercheur associé à l’Observatoire sur les missions de paix de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, admet que « pour de nombreux pays en développement, cela représente une excellente affaire ». Avec 3,5% des coûts investis qui leur reviennent, ils peuvent en effet profiter de l’occasion pour moderniser leurs équipements et former leurs troupes à moindre coût. « Ils ne sont pas perdants », convient M. Conoir. Un autre motif encourage les pays du Sud à participer aux opérations : la volonté de s’affirmer sur les plans régional et international. « Une façon d’exprimer leur puissance », selon Thierry Tardy, enseignant-chercheur au Centre de politique de sécurité de Genève, d’où il s’exprimait, en mai 2007, lors d’un colloque sur les 50 ans des Casques bleus. Il donnait alors l’exemple de l’Inde et du Brésil, qui cherchent à devenir membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Le Sud à la rescousse du Sud : un problème ? Brutalité, abus de pouvoir, viols, pédophilie. Le dernier documentaire de Raymonde Provencher, réalisatrice du documentaire Le déshonneur des Casques bleus, dresse un portrait peu reluisant de ceux qui sont envoyés dans les opérations de paix sous la gouverne des Nations unies, en particulier au Congo. En novembre 2007, l’image de la mission en Haïti a été ternie par des allégations d’abus sexuels par des membres du bataillon sri-lankais. Tous ont été rapatriés par mesure disciplinaire. Des cas similaires ont été relevés en Côte-d’Ivoire et au Liberia. Des rapports officiels des Nations unies chiffrent à près de 360 les allégations d’abus sexuels perpétrés par des membres des opérations de paix en 2006. Conséquences d’un manque de formation et d’entraînement ou d’une insouciance lors de la sélection ? « Il ne faut pas oublier que la participation des pays est volontaire », consent Yvan Conoir. « Ainsi, il est difficile de contrôler la qualité des forces envoyées et leurs motivations. » L’ONU établit des normes et les contingents doivent satisfaire à ces critères. Sinon, les régiments risquent l’expulsion. Cependant, comme le pointe Thierry Tardy, « les troupes envoyées sur le terrain sont, malgré tout, moins bien équipées et moins bien entraînées ». Selon certains spécialistes, le fait que l’ONU ne possède pas sa propre armée est un problème. Quand le Conseil de sécurité de l’ONU prend la décision de lancer une nouvelle mission, un long processus s’enclenche. Les États membres de l’ONU sont appelés à fournir des militaires, des policiers et autres experts. On les encourage aussi à procurer les équipements, les véhicules et la logistique essentiels pour la mission, sans oublier les apports financiers. Cette intense période de préparation et de négociations peut durer quelques mois. M. Tardy conclut que l’ONU n’est probablement pas à l’aise avec la « tiersmondisation » de ses opérations, puisque cela s’éloigne de ses idéaux de solidarité internationale. « Ça alimente une polarisation Nord-Sud, en ce sens que ces missions sont faites par des gens du Sud, dans des pays du Sud et pour des pays du Sud. » Malgré tout, les spécialistes interrogés s’entendent pour dire que la tendance est là pour durer. Contribution du Canada Selon les données du Département des opérations de maintien de la paix des Nations unies, rendues publiques en février dernier, seulement 171 Canadiens participaient à l’une ou l’autre des 22 missions de maintien de la paix. C’est moins de 0,2 % des 90690 Casques bleus impliqués. Le Canada se place ainsi au 55e rang des contributeurs, soit derrière les îles Fidji, le Malawi et la Mongolie. Sur les 171 Casques bleus canadiens, 107 sont des policiers, 42 des observateurs militaires et seulement 22 des soldats. En 1990, 10 % des Casques bleus étaient canadiens. Aujourd’hui, les Forces canadiennes sont surtout déployées en Afghanistan (2550 militaires) dans le cadre de la Coalition antiterroriste menée par les États-Unis. C’est 88 % de l’ensemble des troupes militaires déployées dans le monde. Sources : ONU, CERIUM, Défense nationale et Forces canadiennes L’article 43 de la Charte des Nations unies traite de la nécessité pour les États membres de « mettre à la disposition du Conseil de sécurité […] les forces armées, l’assistance et les facilités […] nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité internationales. » Le journal indépendant de l’Université de Montréal Quartier Libre est le principal journal des étudiants de l’Université de Montréal (UdeM). Organe de diffusion indépendant de la direction de l’UdeM, Quartier Libre est un bimensuel distribué à plus de 7000 exemplaires sur et autour du campus. Quartier Libre compte sur la collaboration de plusieurs étudiants (dans différents domaines d’étude) de l’UdeM et de quelques journalistes extérieurs. Il se veut un journal école, un tremplin pour les étudiants qui souhaitent faire carrière en journalisme et se donne comme mandat de traiter de tous les sujets chauds du campus de l’UdeM et d’ailleurs, de faire des analyses sur des thèmes de société et internationaux et de promouvoir la culture émergeante qui n’est pas ou peu couverte par les autres journaux québécois. Innovateur et dynamique, il a été nommé « meilleur journal étudiant du Canada » par Paul Wells, chroniqueur au magazine canadien Macleans. L’ensemble de la rédaction est rémunéré pour son travail. L’équipe rédactionnelle 2007-2008 est composée de Rachelle Mc Duff (directrice et rédactrice en chef), Clément Sabourin (chef de pupitre campus), Julie Delporte (chef de pupitre culture), Thomas Gerbet (chef de pupitre société-monde) et Clément de Gaulejac (directeur artistique).

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