Le Web, secoué par sa propre crise existentielle

Une révolution ? La notion de web 2.0 est celle utilisée pour illustrer le changement de paradigme d’Internet. Mais, d’une part, cette mutation est controversée et débattue quant à son contenu, voire sa simple existence, et d’autre part, elle s’inscrit dans celle plus large de l’informatique, notamment avec l’augmentation des logiciels libres. En outre, l’expression « web 2.0 » laisse accroire qu’il s’agit d’une révolution de l’Internet, alors qu’il s’agit plutôt d’une évolution. C’est d’ailleurs pour ces raisons que certains internautes lui préfèrent celle de « living web » (Toile vivante), ou d’Internet participatif. Ces dernières ont l’avantage de directement mettre l’accent sur la caractéristique de cette évolution : ce sont les utilisateurs qui font la toile. Un Internet participatif conduit à une intelligence collective ? Sans aborder les plans techniques du débat, il est néanmoins intéressant de comprendre les tenants et aboutissants pratiques et quotidiens. Les concepteurs de sites proposent des interfaces plus ou moins ouvertes permettant la modification continuelle et instantanée de leur contenu. Chaque internaute ajoute sa pierre à l’édifice, par exemple en ajoutant sa propre critique d’un film, d’un livre, sur un site qui y est consacré. Mais, de manière plus générale, c’est désormais le concept d’intelligence collective qui est exploité, en tant que tel. Le célèbre moteur de recherche Google, par exemple, enregistre les pages sélectionnées pour une recherche comme critère de pertinence pour les recherches identiques ultérieures. Ainsi, c’est l’utilisation qu’en font les internautes qui rationalise et affine la justesse d’une recherche. Mais, dans tous ces cas, c’est l’utilisateur, à petite ou grande échelle, volontairement ou non, qui donne du contenu ou une force de contenu aux sites et donc à toute la toile. Sur un plan commercial, cette évolution vers l’Internet participatif a été déjà bien comprise. Soit en proposant des services gratuits, mais dont le vif succès attire les publicitaires. Ce sont, par exemple les sites proposant de créer un blog ou de poster ses vidéos ou ses photos. Soit, -et c’est le cas de le dire- en surfant sur la mode et en s’autoproclamant « site web 2.0 ». Cette dernière hypothèse donne de l’eau au moulin des détracteurs de la notion, qui la qualifient dans le jargon de « buzzword », de mot vide de sens, pur produit du marketing. Toujours est-il qu’une bonne application du concept peut entraîner un succès commercial rapide. Wikipedia, porte-drapeau Bien connue des surfeurs du net, Wikipedia est emblématique du web 2.0, et gratuite. Cette encyclopédie multilingue en ligne, est construite, documentée et rédigée par les internautes eux-mêmes. L’interface est conçue de manière à ce que quiconque désire enrichir l’encyclopédie puisse le faire immédiatement. En soutien, un système d’archivage des modifications de chaque article garantit la transparence, mais protège également contre le vandalisme. Quant à l’esprit du projet, les Wikipédiens se sont dotés de quelques règles, appelées principes fondateurs. L’un d’eux rappelle qu’outre ceux-ci… il n’y a pas d’autres règles. Bien sûr, des cadres généraux sont mis en place pour guider les rédacteurs. Mais, s’ils sont le fruit de l’expérience empirique des participants et de débats entre eux, ils ne sont pas contraignants et interviennent à titre de balises ou de conseils pour les rédacteurs. L’ouverture, une richesse Toutes ces qualités en font un site de référence, dont le succès n’est pas démenti. Dans toutes les langues, le nombre et la qualité des articles sont croissants. L’ouverture du concept, à tous les niveaux, fait la richesse de Wikipedia. À son instar, d’autres sites, souvent à caractère lucratif, font partie de la génération web 2.0 ou intègrent ses caractéristiques. Et bien souvent nous les utilisons sans le savoir : amazone, e-bay, youtube, les blogs, … L’Internet participatif est partout, et nous en redemandons. Une réponse au débat web 2.0 ? Au travers de ce phénomène, surgit, dans le monde globalisé, une nouvelle forme de communication et d’échange. Pour l’instant, comme avec chaque nouvel outil, on expérimente les possibilités offertes. On chipote avec celle qui peut se révéler la plus utile ou enrichissante, comme la plus saugrenue. Et on peut même imaginer d’autres applications que celles évoquées ici, politiques ou philosophiques. À l’aune de ces éventuelles tentatives, on saura qui a finalement raison entre ceux qui affirment qu’il s’agit d’un radical nouveau mode de pensée, et ceux qui crient au vulgaire concept de marketing. Ou on saura si on se situe quelque part entre les deux, via une ligne médiane nuancée, comme souvent ? • L’appellation « web 2.0 » est issue d’un brainstorming. Concepteur et grand défenseur, Tim O’Reilly, a publié plusieurs articles sur le sujet, afin de préciser son contour et son contenu. Le plus connu « What is web 2.0 » est disponible sur www.oreillynet.com, et en traduction française sur web2rules.blogspot.com. Le sujet est néanmoins, comme on l’a dit, très controversé (v. ci-contre)
• L’encyclopédie en ligne Wikipedia existe actuellement dans plus de 250 langues, pour au moins 7 millions d’articles au total. En français, elle en compte 377 000 articles. www.wikipedia.org

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