Les compagnies militaires privés et les conflits internationaux

Un acteur incontournable de la phase « reconstruction » et « pacification » est sans contredit les compagnies militaires privées. Les noms de Sandline, MPRI et Dyncorp sont bien connus en Irak, étant ceux d’armées privées. Les estimations les plus réalistes avancent le chiffre de 20 000 soldats privés présents sur le sol irakien aux côtés des forces américaines. Il s’agit sans conteste de la présence la plus imposante de forces privées dans une situation de conflit, les précédents à ce chapitre étant beaucoup plus limités en nombre. Au-delà des exagérations et des accusations rapides, il importe de bien analyser les facteurs qui contribuent à la montée de ce phénomène. Fin de la Guerre froide Avec la fin de la Guerre froide au tournant des années 1990, les effectifs militaires sont réduits considérablement sur la scène internationale. La fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud et de la confrontation Est-Ouest contribue à une baisse des dépenses dans le domaine militaire, en tout cas en ce qui a trait aux effectifs humains présents dans les armées du monde entier. On estime qu’entre 3 à 6 millions de soldats sont remerciés entre 1986 et 1996. Il s’agit d’une masse imposante de chômeurs et de professionnels sans emploi ; les compagnies militaires privées tombent à point pour offrir un débouché à ces travailleurs. La réduction des effectifs des armées nationales amène aussi deux problèmes de taille dans des pays en développement ou émergents comme l’Afrique du Sud. D’une part, les opportunités et les possibilités économiques pour ces chômeurs dans le milieu civil sont peu nombreuses. D’autre part, plusieurs de ces ex-soldats ont commis des violations des droits humains et des exactions lorsqu’ils faisaient partie de la très peu recommandable armée sud-africaine du temps du régime d’apartheid. Le peu de contrôle et d’enquête faits par les compagnies militaires privées sur le passé de leurs employés soulève des questions d’ordre éthique importantes… Une autre conséquence de la fin de la Guerre froide nous vient de l’effondrement de l’Union soviétique. Avec elle, une quantité incroyable d’armes sophistiquées arrive sur le marché noir et dans le circuit international de l’armement. L’attirail des compagnies militaires privées comprend des armes de pointe tels des avions MiG 23 et des hélicoptères de combat MI8. L’accessibilité grandissante des acteurs privés à ce type d’armes leur a permis d’avoir l’avantage sur des groupes armés dans des pays en voie de développement. De l’Angola à la Nouvelle-Guinée Les premières opérations ont donc lieu dans des États en faillite, où les ressources et les richesses sont rares. En Angola au début des années 1990, au Sierra Leone en 1997 ou en Nouvelle-Guinée en 1999, des compagnies militaires privées ont appuyé des gouvernements afin de combattre des groupes rebelles. Cet aspect est une différence importante du temps de la Guerre froide. Dans les années 1970 et 1980, des armées privées et des mercenaires intervenaient souvent pour renverser ou déstabiliser des gouvernements partout à travers le monde. Dans les années 1990 et 2000, les armées privées interviennent plutôt pour assurer la stabilité des gouvernements et des États. Une caractéristique commune à la plupart des théâtres d’intervention reste la présence d’importantes ressources naturelles. Que ce soit le diamant au Sierra Leone ou le pétrole en Irak et en Angola, ces compagnies sont intéressées bien souvent par l’extraction de ressources naturelles. Ces compagnies militaires privées font parties de vastes entreprises, qui comprennent des filiales spécialisées dans l’extraction et le commerce des hydrocarbures et des minéraux précieux. Les services de sécurité offerts par les firmes sont donc souvent payés par les États en concessions de ressources naturelles et en permis d’extraction. Cela pose le problème de la reconstruction après le conflit violent et des sources financières pour le gouvernement afin de rebâtir les infrastructures du pays. La dépendance à l’aide internationale reste bien souvent la seule porte de sortie possible… L’appui des grandes puissances Les grandes puissances sur la scène internationale (les États-Unis et la Grande-Bretagne au premier chef) permettent à ces entreprises d’exister et de prospérer. Les activités des compagnies militaires privées se sont tournées, après le 11 septembre 2001, vers l’Afghanistan et l’Irak. Près de 87 milliards de dollars ont été dépensés seulement en 2004 par les États-Unis pour les services de ces firmes. Le peu de respect et le ressentiment que la population locale porte envers les employés de ces compagnies ont créés des situations conflictuelles. Pensons par exemple au soulèvement de ville irakienne de Falloujah en 2004. Leurs comportements et leurs actions ne sont pas réglementés par un code de conduite et une chaîne de commandement claire, ce qu’une armée professionnelle possède. Pourtant, malgré ces lacunes, le gouvernement américain persiste à faire confiance à ces armées pour compléter le travail de l’appareil militaire américain. La flexibilité de ces compagnies militaires privées et l’opacité les entourant offrent des avantages pour les gouvernements qui les engagent. Le fait de sous-traiter certaines opérations permet aux gouvernements de s’en laver les mains et de se déresponsabiliser sur des conséquences futures. De plus, la médiatisation est beaucoup moins importante pour ces firmes, la plupart d’entre elles n’étant pas connue de la majorité de la population. Ces nouveaux acteurs posent un défi au maintien de la paix et à la sécurité en général. Les progrès réalisés sur le plan des droits humains au niveau international au fil des années viennent mettre en doute la légitimité et la validité du comportement de ces entreprises dans des conflits violents. Le secteur privé est réticent à se faire imposer un code de conduite strict et rigoureux pour guider leurs actions. Pourtant, malgré l’absence d’une réglementation rigoureuse, leurs comportements sont limités par les intérêts des pays qui les embauchent. Ces nouveaux acteurs agissent donc davantage en complément aux gouvernements qu’en opposition à eux. Les compagnies militaires privées vont-elles s’inscrire dans le long terme ou plutôt s’effacer lors de conflits ultérieurs ? Leurs résultats en Afghanistan et en Irak sur le plan des droits humains vont assurément dicter leur utilisation future, le rôle qui leur sera assigné, les contrats qui vont leur être proposés et la perception que l’opinion publique se fera d’eux.

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