Parité des dollars canadien et américain

 28 septembre 2007 : le dollar canadien atteint la parité avec le dollar américain.  2 novembre 2007 : le dollar canadien atteint un sommet historique à 1,07 dollar américain. La hausse du dollar est d’autant plus singulière qu’elle survient après plusieurs années de léthargie par rapport à la devise américaine. Depuis la fin des années 1970, le huard s’est constamment déprécié et il a atteint un creux historique en janvier 2002 alors qu’il ne valait plus que 0,6179 dollar américain. Depuis, sa valeur a augmenté de 72% en cinq années, ce qui constitue une hausse fulgurante pour un volatile qui avait jusqu’alors du plomb dans l’aile. La parité atteinte à la clôture des marchés le 28 septembre 2007 pour la première fois en trente ans n’est toutefois pas une première, puisque le dollar canadien s’est plusieurs fois retrouvé nez à nez avec son pendant américain au cours des années 1960-1970 – la dernière fois, c’était en novembre 1976 (de mauvaises langues diront que le déclin est donc probablement dû au Parti québécois). Or, le 2 novembre dernier, en dépassant la valeur historique de 1,0613 dollar américain, le huard remplumé a établi un record de valeur depuis l’instauration du flottement entre les devises en 1950, à la suite de l’abandon de la parité des dollars fondée sur le système de l’étalon-or. Toutefois, il ne s’agit pas du taux le plus haut de l’histoire, car – tenez-vous bien – le dollar canadien a déjà valu 2,78$ US en 1864, en plein cœur de la guerre de Sécession américaine. Plusieurs experts s’accordent pour dire que la force de notre dollar face au billet vert américain repose sur des phénomènes complémentaires. D’une part, l’économie et l’emploi canadiens sont florissants, le taux de chômage est au plus bas depuis plus de trente ans et le prix du pétrole – dont nous sommes d’heureux exportateurs grâce à l’Alberta – fracasse aussi des records. D’autre part, un ralentissement économique, un budget fortement axé sur le tempérament belliqueux de l’oncle Sam, une crise du crédit et la réduction des taux d’intérêt par la Réserve fédérale ont nui au dollar américain, aussi malmené face aux autres devises fortes de la planète. Bien qu’elle donne un lustre réconfortant à la piastre de chez nous, la hausse de la valeur du dollar laisse toutefois entrevoir des conséquences moins heureuses pour la production manufacturière. Déjà échaudé par la concurrence internationale, ce secteur risque de souffrir passablement de l’accroissement important des coûts, du déclin de la compétitivité et de l’invasion encore accrue du marché national par des produits importés du Sud. Il n’y a donc pas que les joueurs de hockey canadiens payés en billets verts qui maudissent l’envol du huard. Comme les détaillants – sauf exceptions – tardent à ajuster leur prix en fonction de la nouvelle donne économique, les Canadiens n’en sortent pas encore gagnants. Si la tendance perdure, il semble donc qu’il faudra s’habituer à voir au poste frontalier de Lacolle de longues files de Canadiens désireux d’aller s’acheter des pantoufles bon marché à Plattsburgh. Vous avez aimé ? Ce texte est du numéro novembre/décembre de la revue Le Multilatéral. Vous en voulez plus ? Pour vous abonner à cette revue vous pouvez aller sur le site Web www.lemultilateral.ca et cliquer sur la section abonnement. Encourager une revue indépendante c’est encourager la diversité.

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