« Plus de responsabilités aux femmes pour des mentalités plus ouvertes »

Que pensez-vous d’une éventuelle révision de la loi 194 ? Je l’ai dit à plusieurs reprises, mais je tiens à le répéter : la loi 194 est une loi sage, que l’Europe nous envie. L’amour de la vie appartient aux femmes. On ne peut pas opposer les droits de conception et l’autodétermination des femmes. J’ajoute que l’avortement est pour chaque femme un choix dramatique, et que le défi aujourd’hui réside dans le fait de sortir de la clandestinité. Des épisodes comme celui de la fille chinoise de vingt ans qui a fini à l’hôpital à Florence, dans de très graves conditions, pour avoir avorté clandestinement au cinquième mois de grossesse, en disent long sur la dangerosité de ce climat envers la population féminine. Je suis pour l’actualisation intégrale de la loi, je crois dans le délicat et important rôle des consultants et je ne pense pas que la loi 194 ait besoin d’être « taillée ». Du reste, l’ordre des médecins s’est exprimé de manière favorable sur l’actualité scientifique d’une loi qui est la plus minoritaire au Parlement. Je suis plutôt favorable à une culture de la contraception mature et consciente, et je veux souligner que depuis que cette loi a été votée, elle a contribué à une sensible diminution des interruptions volontaires de grossesses, qui ont chuté de 45%. Malheureusement, ces derniers temps nous avons assisté à une instrumentalisation d’une thématique pour le moins délicate, qui a été utilisée comme un drapeau idéologique à agiter en temps de campagne électorale. C’est déprimant de comparer des femmes qui souffrent à des assassines. Je pense à la liste « pro life » de Giuliano Ferrara et à son moratoire sur l’avortement. Je pense au leader du de la Maison des Libertés qui veut se faire le champion, au siège de l’ONU, de la croisade contre l’autodétermination des femmes, et qui ensuite laisse, au sein de son parti, la « liberté de conscience » pour des raisons de convenances électorales. Au contraire, à la commission de l’ONU qui s’est réunie il y a peu, le gouvernement italien, représenté par moi-même, a déclaré très nettement comment nous pouvions honorer la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme à travers la pleine reconnaissance du droit des femmes. Parmi ceux-ci, j’en suis convaincue, il y a la reconnaissance de la responsabilité des femmes sur la santé sexuelle et reproductive. Le corps des femmes est aujourd’hui le champ de bataille d’une guerre conduite par de vieux conservateurs. Associer le moratoire de la peine de mort au drame d’une femme qui va au bloc opératoire, ne pas tenir compte des progrès scientifiques et contraster l’expérimentation et l’introduction de la Ru486 (pilule interdite en Italie) sont des signaux clairs d’une offensive culturelle qui a pour objectif les valeurs de la liberté et la responsabilité féminine, ainsi que la laïcité. Quelle idée vous faites-vous de la condition des femmes aujourd’hui ? En Italie, par rapport au reste de l’Europe, l’écart est encore trop grand entre ce que les femmes représentent en termes de savoir, de travail, de talents, par rapport à ce que peut leur apporter la société. Un exemple : une étude a récemment été publiée selon laquelle notre pays, dans quelques années, aura plus de personnel médical féminin que masculin dans les hôpitaux. Malheureusement, la direction des services est encore une prérogative masculine. La chute du gouvernement Prodi a empêché la présentation du projet de loi sur la parité hommes-femmes, comme ce fut le cas en Espagne, par une résolution adoptée par le gouvernement Zapatero. Mais ce sont des thèmes sur lesquels le Parti Démocrate est très engagé : parmi les douze points du programme de campagne, il y a aussi celui sur l’emploi féminin et sur la reconnaissance des droits des femmes. On n’en parle pas juste pour en parler, mais on en fait un axe stratégique. Pour qu’on se comprenne, plus d’emplois pour les femmes à des postes de responsabilité signifie, pour les célibataires et pour les familles, plus de sécurité, et des mentalités plus ouvertes. Comme c’est le cas en Région Lombardie, qui compte le plus fort taux d’emploi chez les femmes, y compris à des postes de responsabilité, et où le taux de natalité est le plus fort également. C’est ce que j’aime appelé un « cercle vertueux ». Sommes-nous vraiment libres de choisir ou s’agit-il seulement d’une espérance ? Sur ce terrain, il y a beaucoup de choses de faites, mais il reste beaucoup à faire. Le point central serait d’accomplir un investissement clair et stratégique sur les conditions des femmes aujourd’hui. Je continuerai à me battre pour atteindre ces objectifs, pour la liberté des femmes, et je continuerai avec la même détermination. Nous voyons aujourd’hui naître des leaderships féminins, y compris en politique. Je pense à Aung San Suu Kyi et Ingrid Betancourt. Des femmes qui paient très cher le courage et la cohérence de leurs idées jusqu’à un sacrifice extrême, tout comme Benazir Bhutto. Elles restent des exemples aujourd’hui. La loi 194 La loi 194 du 22 mai 1978 relative à la protection sociale de la maternité et à l’interruption volontaire de grossesse précise les conditions dans lesquelles l’avortement n’est pas punissable. Les délais légaux – Le cas général L’article 4 de la loi 194 du 22 mai 1978 précise que l’interruption volontaire de grossesse n’est pas punissable lorsque les conditions suivantes sont réunies : L’intervention est demandée par la femme ; La poursuite de la grossesse, la naissance ou la maternité constitueraient un grand danger pour la santé physique ou mentale de la mère, « compte tenu de son état de santé, du contexte économique, social ou familial, des circonstances dans lesquelles la conception a eu lieu, ou de la probabilité que l’enfant à naître présenterait des anomalies ou des malformations » ; La femme a consulté un médecin dans un centre de consultation public ou un service médico-social agréé ; l’intervention a lieu au cours des quatre-vingt-dix jours de gestation. – Les cas particuliers Si la grossesse ou l’accouchement présentent un danger grave pour la vie de la femme ou s’il a été diagnostiqué de graves anomalies ou malformations du foetus constituant un danger grave pour la santé physique ou mentale de la femme, l’interruption de la grossesse peut avoir lieu après les quatre-vingt-dix premiers jours de gestation. Les mineures L’article 12 de la loi requiert le consentement des parents ou du tuteur lorsque la femme est mineure. « Toutefois, durant les quatre-vingt dix premiers jours de gestation, lorsque, pour des motifs sérieux, il est impossible ou déconseillé de consulter les personnes détenant l’autorité parentale ou le tuteur, ou lorsque ces personnes, après consultation, refusent leur consentement ou expriment des avis contradictoires », le médecin peut demander au juge des tutelles de prendre la décision d’autoriser ou non l’interruption de grossesse. Cette décision ne peut faire l’objet d’aucun appel. Lorsqu’il existe un danger grave pour la santé de la femme mineure et qu’une intervention d’urgence est donc nécessaire, l’interruption de grossesse peut-être demandée par la femme seule, sans le consentement de la personne détenant l’autorité parentale ou du tuteur et sans en référer au juge des tutelles. Cet article a été traduit par Cyril Bérard Les propos de Mme Pollastrini ont été recueillis par Francesca Baraghini, du journal italien « ErgoSum ». www.ergosumpress.com Cyril Bérard (www.journaleuropa.info)

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