Premiers à entrer en URSS à roulettes !

Journal EUROPA : A l’été 1989, vous ralliez Moscou en patins et à vélo. Le 9 novembre, le mur de Berlin s’ouvre. La chute… c’est vous ? Pierre Surun : C’étaient les vibrations, comme les trompettes de Jericho (rires). On a passé la frontière fino-soviétique le 4 Août 1989 et on s’est baladé en URSS. Deux semaines en immersion complète. On n’a rien vu venir ! Perestroïka, Gorbatchev… Aujourd’hui, c’est plus facile à analyser, mais à l’époque, Gorbatchev venant du KGB, on était très mitigés (pour être gentil !) sur sa volonté de changer les choses. Entrer en URSS, ça a été la croix et la bannière. On était sans mission, ni étiquette. Les gens s’intéressaient à la façon dont nous raisonnions politiquement, démocratiquement… Ca semblait nouveau pour eux. Chez nous, ce qui n’est pas interdit est autorisé, là-bas c’était l’inverse ! Quand on est parti de Moscou, on ne devinait absolument pas que, dès novembre, il y aurait cette révolution. La face cachée du rideau de fer suscitait-elle une fascination à l’époque ? P. S. : L’information là-bas, on appelait ça « propagande ». Et ils disaient pareil pour nous. On était complètement parano. On en rigole maintenant, mais la première soirée là-bas, on s’est retrouvé assis à un resto soviétique, on imaginait des micros partout. Sur place, on a ressenti un vrai choc. La pauvreté notamment. Et inversement ! En novembre, juste avant que le mur tombe, on avait invité nos nouveaux amis soviétiques à Rennes. Vu la misère là-bas et les files d’attente devant le moindre magasin où il n’y a rien, on a leur a montré un supermarché. Une énorme gaffe. Les mecs ont demandé de sortir, tellement c’était trop pour eux… On se prenait des baffes en permanence. Là-bas, un des Popov nous avait questionné sur le nombre de bières en France. « J’en sais rien moi, 200, 300. Pourquoi tu me demandes ça ?- En URSS, c’est simple. Deux sortes, il y a de la bière ou pas de bière ! » J’ai demandé récemment à une jeune Russe si elle avait l’impression que les gens en Russie étaient plus contents aujourd’hui : « non ». Mais au moins la frontière est plus ouverte. Les Russes nous ont dit : « Chez nous, ne revenez pas avant deux générations si vous voulez voir un changement. » Quelles difficultés avez-vous rencontrées à l’époque pour construire ce projet ? P. S. : Surtout administratives ! Parce que sportivement, il suffit de s’entraîner un peu. Avec de la volonté, du bon sens et une bande de potes motivés, on y arrive ! Sur les 18, on était trois patineurs entraînés, plus de la moitié débutaient. N’importe qui, en patin comme à vélo, arrivera à traverser l’Europe. La galère a été de franchir cette fichue frontière fino-soviétique. Avec toutes les autorisations en poche, le douanier finlandais n’a pas voulu nous laisser passer. Il y avait un no man’s land de 5 km avec mines, hélicoptères, chiens loups, etc. Il n’avait jamais vu quelqu’un entrer là-dedans en 40 ans de faction ! Alors en patin, à vélo, sans officiel… Un bordel ! Puis l’équivalent d’une jeep de l’armée soviétique s’est rapproché. Après 4h de palabres, le douanier a fini par dire : « Bon ok, mais à vos risques et périls, et si vous vous faites tirer dessus, je vous aurais prévenus. » On était attendu, c’était organisé. On avait reçu les visas alors qu’on était déjà arrivé au Danemark ! La presse française et étrangère a-t-elle suivi le périple ? P. S. : Sur le trajet, on a eu un écho médiatique terrible. Plus sur l’exploit physique, l’originalité, le roller, l’aventure. En URSS, la télé nous attendait un peu partout. On a eu des articles dans l’équivalent de l’Equipe, dans l’Izvestia et la Pravda. (Pour mémoire, Pravda veut dire la « vérité ». Ca fait marrer !) On avait aussi dans l’équipe un copain de Radio France. Tous les jours, il envoyait un son en direct, à 7h du mat’. Il fallait qu’il trouve les petites pièces de monnaie du pays, une cabine qui marche… Le challenge aurait-il été le même aujourd’hui avec une Europe élargie et l’ouverture des frontières à l’Est ? P. S. : Rien à voir. A ce moment-là, il y avait l’Allemagne de l’Est, l’Allemagne de l’Ouest et un mur au milieu. En Pologne, c’était Jaruleski…On a traversé huit pays. Fallait changer la monnaie, sortir les passeports. On peut critiquer Internet, l’information qui y est trop abondante, mais c’est toujours mieux que l’absence d’information ! Aujourd’hui, ce n’est pas parfait, mais ça évolue bien. C’est un progrès énorme. La pratique du roller en Europe va-t-elle comme sur des roulettes ? P. S. : Ca fait 36 ans qu’on me dit : « C’est quoi ton truc, là ? C’est juste une mode et dans six mois ça va se casser la gueule ! » Alors que maintenant, on commence même à patiner dans les écoles. Le patin, c’est un sport complet : collectif, individuel, physique, esthétique… Et c’est le seul sport de glisse où il n’y pas besoin d’un océan ou d’une montagne. Un an après la sortie du livre, quels retours avez-vous eu ? P. S. : Excellents ! Parce que il y a beaucoup de choses dans ce livre : l’aventure, l’aspect politique, le changement d’époque. Et puis l’aspect potes. À 18 sans formation, sans aide, sans thune, sans motif réel, etc. on a réussi à être les premiers au monde à entrer en URSS à roulettes ! J’avais 29 ans. Faut se dire qu’on est capable de faire de telles choses en ne se prenant jamais au sérieux. On se rend compte aussi qu’on n’est pas des héros. On relativise beaucoup. Rouler bio… ça fait devenir vert ? P. S. : Sérieusement, j’ai réalisé depuis que tous les boulots que j’ai trouvés, c’était par le patin à roulettes. Un jour, j’ai témoigné au cours d’un débat du Mouvement de la paix parce que j’étais passé à Hiroshima un 6 août lors d’un voyage roller… Des Verts dans la salle m’ont dit à la fin : « On est en train de se battre pour avoir des fichues pistes cyclables dans cette ville et on n’y arrive pas. Les médias ne viennent pas. Comme ils te suivent, si éventuellement tu pouvais venir… – Avec plaisir ! » Et les journalistes sont venus, ça leur a fait un impact terrible. Et puis je suis resté chez les Verts. Mais bon, de toute façon, la révolution passera par le patin à roulettes ! Et on remets çà à l’été 2008, nous organisons de nouveaux un PARIS-MOSCOU à Roulette durant l’été 2008 : http://www.mardicestroller.com/article802.html

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