Quand la couleur révèle le dessein

Certains l’ont adopté il y a bien longtemps, d’autres ont récemment cédé à la tentation. En France, par exemple, juste avant la campagne présidentielle de 2007, François Bayrou a changé la couleur représentative de son parti avant de modifier le nom de celui-ci à la suite du scrutin. L’Union pour la démocratie française (UDF), affichant le bleu ciel, est devenue le Mouvement démocratique (MoDem) avec, en toile de fond, un orange vif. Christophe Talin, professeur de science politique de l’Université de Montréal, y voit « la volonté de se distinguer clairement du spectre politique conventionnel en utilisant une couleur sans référence historique forte ». En effet, souhaitant détacher son image de la droite française arborant traditionnellement le bleu, le MoDem s’est rapproché des teintes rougeâtres, décalant ainsi son image vers la gauche. Fin 2004, l’Ukraine vit une période de bouleversement politique : la « Révolution orange ». Cette couleur devient un véritable emblème pour des millions d’Ukrainiens contestant les résultats des élections présidentielles. L’utilisation de l’orange par le parti, Notre Ukraine, de Viktor Iouchtchenko est due, selon M. Talin, à « une volonté de démonstration d’une différence marquée avec la tradition ». Il analyse de la même manière le choix de l’orange par le Courant patriotique libre de Michel Aoun au Liban. Au Canada, le Nouveau parti démocratique (NPD) est la seule formation politique d’importance qui utilise l’orange. Pour Denis Monière, professeur de science politique à l’Université de Montréal et spécialiste de l’étude des publicités électorales, cette utilisation est faite « dans le but de se distinguer à la fois de la politique conventionnelle, mais aussi des valeurs véhiculées par les couleurs historiquement utilisées par les autres partis ». Du rouge social au bleu conservateur Dans toutes les sociétés, les partis politiques utilisent les couleurs pour se démarquer des partis adverses. « Un peu partout, les couleurs ont des significations historiques distinctes », explique M. Monière qui ajoute que « le bleu renvoyant à l’histoire monarchique, son utilisation reflète une idéologie moins axée sur le changement ». Cela expliquerait son utilisation par des partis conservateurs ou d’extrême droite. Selon le chercheur, l’orange n’a en revanche aucun repère historique fort en Occident. Cela ne l’empêche pas d’avoir effectué une réelle percée ces dernières années. Le Parti socialiste français (PS) a lui aussi modifié la couleur de son logo. C’est en 2007, au moment de la campagne présidentielle, que le parti a opté pour le rose plutôt que le rouge, réservé à la gauche au sens large (du centre-gauche aux communistes) dans la tradition européenne. Au-delà de la féminité de leur candidate, Ségolène Royal, M. Talin voit dans ce changement une volonté de se défaire de « l’utilisation du rouge, qui fait référence au sang et à la révolution. Le rose est plus doux et moins dogmatique », ajoute-t-il. Au Québec et au Canada Que ce soit en Europe ou au Canada, « les couleurs, même si elles sont semblables, s’utilisent différemment », explique M. Monière. Sur la scène fédérale comme provinciale, le rouge et le bleu sont prédominants. « Au milieu du XIXe siècle, lors de la création du Parti libéral du Canada (PLC), le rouge signifiait le changement, l’opposition aux valeurs monarchiques et se voulait une sorte de référence aux grands mouvements européens de libération. Aujourd’hui, cette couleur représente le progrès, le dynamisme (surtout économique) et les valeurs libérales », raconte le chercheur. C’est sûrement une des raisons pour lesquelles le Parti québécois (PQ) a retiré la partie rouge de son logo au profit du vert, ce qui dans le même temps « imposait l’écologisme comme nouvelle valeur politique », avance M. Talin. Le bleu, selon M. Monière, se réfère à quelque chose de plus traditionnel : « la couleur de la monarchie française ayant été le bleu, l’utilisation de cette couleur par les conservateurs du Canada et du Québec [PCC aujourd’hui, l’Alliance Québec et l’Union nationale à l’époque au Québec] est tout indiquée ». Dans le Québec moderne toutefois, le chercheur stipule « qu’il faut voir cette couleur comme référence à l’histoire et à la fierté, mais un peu moins au conservatisme ». Le choix et l’utilisation des couleurs en politique seront donc très intéressants à suivre à l’avenir car, comme l’évoque M. Monière, il y a une « tendance certaine au changement ». Il reste à voir si cela se cristallisera dans l’histoire. ENCARDE : Québec solidaire : l’exception multicolore Il arrive très rarement qu’un parti n’ait pas recours à une couleur forte pour se représenter. Pourtant, Québec solidaire en est l’exemple. Amir Khadir, l’un de ses deux porte-paroles explique ce choix par l’idéologie même de la formation politique : « Notre parti étant inclusif d’une pluralité d’idéologies, nous ne voulons pas privilégier une couleur plutôt qu’une autre : tantôt c’est orange, tantôt c’est vert, bleu ou rouge. » Le journal indépendant de l’Université de Montréal Quartier Libre est le principal journal des étudiants de l’Université de Montréal (UdeM). Organe de diffusion indépendant de la direction de l’UdeM, Quartier Libre est un bimensuel distribué à plus de 7000 exemplaires sur et autour du campus. Quartier Libre compte sur la collaboration de plusieurs étudiants (dans différents domaines d’étude) de l’UdeM et de quelques journalistes extérieurs. Il se veut un journal école, un tremplin pour les étudiants qui souhaitent faire carrière en journalisme et se donne comme mandat de traiter de tous les sujets chauds du campus de l’UdeM et d’ailleurs, de faire des analyses sur des thèmes de société et internationaux et de promouvoir la culture émergeante qui n’est pas ou peu couverte par les autres journaux québécois. Innovateur et dynamique, il a été nommé « meilleur journal étudiant du Canada » par Paul Wells, chroniqueur au magazine canadien Macleans. L’ensemble de la rédaction est rémunéré pour son travail. L’équipe rédactionnelle 2007-2008 est composée de Rachelle Mc Duff (directrice et rédactrice en chef), Clément Sabourin (chef de pupitre campus), Julie Delporte (chef de pupitre culture), Thomas Gerbet (chef de pupitre société-monde) et Clément de Gaulejac (directeur artistique).

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