Roumanie-Bulgarie : opposition ou coopération

La question mérite en effet d’être posée. S’il est légitime de penser que leur candidature parallèle à l’U.E. les a rapproché, cette affirmation ne fait sens que depuis peu. Au contraire, à l’aube du processus d’adhésion, la compétition les opposant afin de décrocher le statut de candidat officiel était réelle et n’excluait aucun coup bas. L’indifférence mutuelle entre la Roumanie et la Bulgarie s’est vue remplacer par d’interminables querelles. Non seulement les critères économiques et politiques fixés pour l’adhésion étaient source de tensions, mais il fallait de surcroît régler les disfonctionnements internes de chacun. Par la suite, ces tensions se sont dissipées pour laisser place à une collaboration en vue d’un objectif commun : l’Europe. Préjugés et adhésion, source d’une rude concurrence
L’un des principaux problèmes soulevés par l’Europe fut celui de la pollution. Depuis une quinzaine d’années, Roumanie et Bulgarie s’accusaient mutuellement d’être responsables de la pollution de l’air et de l’eau. Le conflit atteignait son paroxysme entre les villes frontalières. Bruxelles a alors exigé, comme condition sine qua non pour l’adhésion des deux candidats, la fermeture de certaines centrales nucléaires frontalières jugées hors normes. Cette exigence fut à la source d’un conflit connu sous le nom de « guerre énergétique ». Se servant des normes prescrites par l’U.E. en matière nucléaire, les deux pays pointaient du doigt les cas à risques de la partie adverse. Cette politique de surenchère entraîna la fermeture de nombreuses centrales nucléaires et s’accompagna d’une flambée des prix de l’électricité. L’affaire du désormais célèbre pont sur le Danube fut tout aussi retentissante. Conscients de la nécessité de procéder à sa construction, les deux états ne parvenaient cependant pas à s’accorder sur son emplacement. La Bulgarie souhaitait le placer en amont et la Roumanie en aval, chacun espérant améliorer le trafic routier sur son propre territoire. Au-delà des arguments économiques invoqués à l’appui des thèses défendues par chacun d’eux, ce litige est symptomatique des difficultés auxquelles font face les deux pays dans leurs relations réciproques. Afin de normaliser leurs rapports, un programme de collaboration à plusieurs niveaux est mise en place. Dans un premier temps, cette collaboration se limite à la résolution de problèmes économiques urgents. Dans un deuxième temps, ce programme est destiné à favoriser le développement de relations à long terme, au sein desquelles le principe de la préservation du voisin prédominera. Des projets communs unissent ainsi plusieurs villes des deux côtés de la frontière, notamment en matière d’infrastructure et dans le domaine de l’énergie. Citons, par exemple, la construction d’un pont entre Vidin et Calafat et la modernisation d’un autre entre Giurgiu et Ruse. L’implantation d’une centrale hydroélectrique dans les environs de Calafat est également à l’étude. L’opposition Roumanie-Bulgarie, époque révolue ?
Certes, il n’est pas encore question pour ces deux nations de se jeter dans les bras l’une de l’autre. L’époque des relations difficiles est toutefois en passe d’être révolue. Les problèmes liés à leur adhésion ne les opposent désormais plus. En outre, leur collaboration économique et technique dans le cadre de projets communs a fortement contribué à la normalisation de leurs rapports. Désormais, les deux pays affrontent ensemble la pression liée à leur intégration. Parmi les préoccupations communes, la situation de la minorité tzigane, sujette à discrimination raciale, fait l’objet d’une attention toute particulière. Les discriminations dont sont victimes cette minorité sont dénoncées par Amnesty International. De même, les droits des personnes souffrant de déficience mentale et les abus de pouvoir de la police sont dans la ligne de mire de l’Union européenne. On se souvient du scandale provoqué par la mort d’un homme d’affaire, soupçonné de trafic de drogue, au cours d’un interrogatoire mené par la police de Sofia. Enfin, la bête noire des deux pays reste incontestablement la corruption. Pour répondre aux exigences de la Commission Européenne, la Bulgarie a placé en détention préventive de hauts responsables accusés de malversations. Mais cela suffit-il ? Il est vrai que la situation était pour le moins inacceptable : certaines organisations humanitaires et religieuses revendaient à bas prix des produits envoyés par l’Union Européenne au titre d’aide humanitaire. Bruxelles a donc exigé de Sofia qu’elle réforme son système judiciaire, jugé corrompu et inefficace. L’exécutif européen l’a également encouragée à maintenir ses efforts de lutte contre la corruption et la criminalité organisée. De telles recommandations furent également adressée à Bucarest. Bulgarie, Roumanie… Et après ? Le sentiment général dans ces pays est mêlé de craintes et d’espoirs. Les sondages démontrent que les populations roumaines et bulgares redoutent les hausses de prix qui feraient suite à l’adhésion de leur pays à l’U.E. L’indispensable renouveau économique nécessite toutefois quelques concessions. Ce dont elles sont conscientes. Au 1er janvier 2007, la Roumanie et la Bulgarie feront leur entrée officielle au sein de l’UE. Mais l’élargissement aux pays du sud-est de l’Europe ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Les pourparlers d’adhésion sont en cours avec les autres États balkaniques. La Croatie ainsi que la Macédoine ont déjà acquis le statut de candidat officiel, au contraire de la Serbie, du Monténégro, de la Bosnie-Herzégovine et de l’Albanie. Gageons que, malgré les réticences exprimées par certains États-membres, l’adhésion des États balkaniques interviendra rapidement, apportant de ce fait davantage de stabilité à une région où la menace de l’étincelle ethnique est plus que jamais présente.

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