Sibiu dans la ligne de mire des flux artistiques

Lancée en 1985, l’idée d’élire chaque année une ou plusieurs capitales européennes de la culture a fait rivaliser d’imagination les villes sélectionnées pour se présenter sous leur meilleur jour aux citoyens européens ainsi que pour faire valoir leur patrimoine et leurs spécificités. C’est un évènement qui ne manque pas d’attirer du monde : amateurs ou intéressés, qu’ils proviennent du secteur artistique, politique ou des affaires. L’U.E. participe évidemment financièrement à ce projet, qui permet de promouvoir une certaine pluralité dans la culture « européenne » (si une telle chose existe), et de faire connaître au grand public les pays qui ont l’honneur d’être au centre des préoccupations durant un an. Une manière de faire connaître des villes de l’Est
Ce projet, on s’en doute, prend tout son sens depuis l’arrivée, en 2004, d’un bloc de dix nations aux cultures pour ainsi dire inconnues dans l’U.E. Ainsi donc, pour cette année 2007, Sibiu a été désignée capitale européenne de la culture, et cela tombe plutôt bien avec l’entrée en scène relativement discutée de la Roumanie au sein de l’Union Européenne. Ceci dit, pourquoi avoir choisi de rapprocher Sibiu et Luxembourg dans ce titre de capitales de la culture ? Il est vrai, l’association des deux villes peut paraître étrange, voire irréfléchie. Luxembourg, ville si « familière », parmi les nations fondatrices de l’U.E., et Sibiu, ville inconnue au bataillon, enclavée dans cet îlot slave au développement économique plus tardif… Mais qu’est-ce qui a bien pu motiver leur rapprochement dans ce concours culturel, si ce n’est une tentative de marier de façon aléatoire les États qui sont maintenant amenés à cohabiter sous le même toit de l’U.E. ? En réalité durant les XIIème et XIIIème siècles, une colonisation intense de la Transylvanie par les peuplades du Grand Duché du Luxembourg a donné naissance à de nombreuses villes, dont Hermannstadt (appellation allemande de la ville de Sibiu). C’est sans doute pour cette raison que l’architecture et la configuration des villes roumaines ne sont pas sans rappeler le style moyenâgeux de certaines régions du Luxembourg. Mais si la Transylvanie a été chaperonnée par le Luxembourg pendant plusieurs siècles, c’est aujourd’hui en toute autonomie qu’elle bâtit peu à peu et efficacement un avenir prometteur. Les secteurs-clés du point de vue économique sont concentrés autour de l’industrie automobile, du génie mécanique et électronique, de la logistique et de l’industrie textile. Il va sans dire que les villes importantes comme Sibiu misent beaucoup sur l’année 2007 pour attirer de nouveaux investisseurs dans cette région en pleine expansion. De l’art, mais avec les moyens techniques
Le projet culturel qui rassemblera les capitales précitées sera très axé sur les technologies actuelles et à venir. Ce n’est pas pour rien qu’il a été baptisé « aires de conflu(x)ences »… Il aura en effet le mérite de faire fusionner le caractère ancien du patrimoine et du folklore local avec une haute idée du virtuel dans l’art. En effet, rassembler « des oeuvres et des performances » est le leitmotiv innovateur de cette organisation. Il s’agit de mettre en scène deux lieux physiques (Sibiu et Luxembourg), un lieu virtuel (Internet) et les spectateurs, poussés à communiquer avec les situations et les oeuvres, puisque la volonté était d’éviter une relation à sens unique de la production vers la consommation (ou du tableau vers le consommateur, si vous préférez). C’était une volonté des organisateurs que d’avoir mis en relation des parties réelles, palpables avec des abstractions de l’intelligence humaine, car c’est cela qui crée chez le spectateur un besoin d’interactivité. Concrètement, cela donne non pas des expositions de tableaux, mais un point de rencontre, centre du questionnement ou chaque visiteur aura l’opportunité de s’approprier une oeuvre et d’en modifier la fonction, le sens ou l’essence… De l’art donc… autour d’un thème
Et celui qui a été désigné pour l’occasion est celui du paysage. Thème vaste et commun à priori. Avec le paysage, on pense directement à un concept peu dynamique, à l’acception « classique » du terme en fait. Mais on peut imaginer ce paysage de façon plus innovante, en l’entourant des possibilités du virtuel, et cela sans le dénaturer. On peut l’intégrer dans le monde actuel, risquer de produire un choc entre nature et culture, faire un rapprochement réussi et harmonieux… tels seront les défis que relèveront, dès 2007, les nombreux artistes conviés à ce projet novateur, audacieux et interpellant.

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