Stephen Lewis : Quel avenir pour l’Afrique ?

Stephen Lewis tire la sonnette d’alarme. Ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le VIH/sida en Afrique, il ne supporte plus l’inertie des pays développés, face à la situation désespérée à laquelle est confronté le continent. « Nous sommes sur cette planète pour lutter pour la justice sociale » – c’est l’appel qu’il a lancé lors de sa conférence intitulée Where in the World is the World Headed ? Son appel au secours : « Nous sommes face à une urgence ! ». Il donne plusieurs raisons à la nécessité de ne plus ignorer les ravages subis par le continent. Ses deux principaux chevaux de bataille sont la cause des femmes et celle des enfants. Le témoignage de Stephen Lewis est directement inspiré de son expérience récente au Mozambique : « J’ai vu des hôpitaux remplis de femmes. Des femmes de vingt à trente ans, qui souffrent toutes du sida. Entassées dans les couloirs, parfois plusieurs par lit, faute de moyens ». Ce sont des images qu’il n’oubliera jamais et qui renforcent son indignation face à l’indifférence des pays occidentaux. Certains récits des violences subies par ces femmes l’ont aussi profondément indigné : « L’une d’elles m’a raconté qu’elle a vécu l’enfer, transformée par ses bourreaux en « machine à viols perpétuels » ». Dans certains pays, les femmes n’ont en effet aucun droit. Du fait des atrocités qu’elles subissent, le taux de contamination par le VIH est largement supérieur à celui des hommes. En Afrique subsaharienne, 76 % des jeunes de 15 à 24 ans infectés par le virus sont des femmes. L’avenir des enfants d’Afrique est aussi en jeu. La plupart de ceux qui sont contaminés par leur mère meurent avant l’âge de deux ans ; ceux qui ont la chance de ne pas être infectés se retrouvent souvent orphelins. « Nous savons tout ce qu’il y a à faire pour améliorer cette situation, mais nous ne faisons rien ». En dépit de l’existence de médicaments destinés à limiter la transmission du sida, la pandémie continue sa propagation en Afrique. Pour y remédier, l’éducation devrait être au cœur du processus de prévention. Le problème : l’accès à l’école est très limité. Dans quelques pays d’Afrique, même l’école primaire est payante. Quant à l’éducation secondaire, elle n’est gratuite nulle part sur le continent noir. Ceux qui y accèdent se trouvent confrontés à d’autres obstacles : « Il y a une immense inégalité entre les filles et les garçons. Les femmes et les filles souffrent principalement de cette discrimination ». Un facteur global sous-tend tous ces problèmes : l’économie. « Le Canada devrait élever sa voix face à la Banque Mondiale. », suggère avec véhémence Stephen Lewis. Selon lui, c’est un devoir de la communauté internationale de prendre ses responsabilités : « Dans le cadre des Objectifs du Millénaire, des promesses ont été faites. Mais au regard de la situation, elles paraissent insuffisantes et peu réalistes. ». La principale question que pose Stephen Lewis à chacun : « Pourquoi sommes-nous si réfractaires à agir ? ». Il est vrai que les fonds destinés à l’aide au développement en Afrique sont dérisoires, en comparaison avec les frais engagés pour l’armement et les opérations menées en Irak ou en Afghanistan. En 2009, les casques bleus vont quitter l’Afghanistan – « rien n’aura changé, sauf que des soldats auront perdu la vie et qu’énormément d’argent aura été gaspillé. George Bush ne comprend pas ça ». Néanmoins, les hommes politiques ne sont pas les seuls à pouvoir changer les choses. Le message qu’envoie Stephen Lewis propose à chacun de s’engager à son propre niveau – « personne ne devrait se sentir paralysé ». Les actions individuelles peuvent changer le monde. Le travail des bénévoles au sein des organisations non-gouvernementales comme Oxfam ou Save the Children en est la preuve au quotidien. « C’est comme dans une famille, c’est aux plus privilégiés de soutenir ceux qui en ont besoin. ». Si l’on en croit les ovations debout du public, Stephen Lewis a su rallier à sa cause bien de nouvelles bonnes volontés. Cet article a été écrit dans le cadre de l’école d’été de l’Institut du Nouveau Monde. Consulter le dossier de l’APEM à ce sujet

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