Une principauté controversée

Dans ce pays à la superficie inférieure à celle de la ville Saint-Hyacinthe (Québec), « tout le monde se connaît », expose Hubert Büchel, ambassadeur du Liechtenstein en Suisse. Il explique que « la démocratie s’y pratique de façon très directe », appliquée pragmatiquement en fonction des réalités quotidiennes. Dans ce régime aux cinq ministres et vingt-cinq députés connus de tous, les pétitions de plus de mille signatures peuvent avoir valeur de projet de loi. Un brillant tableau démocratique qu’il faut relativiser : les principes de la constitution placent le pouvoir du prince au même niveau que celui du peuple et la communauté internationale n’est pas toujours enchantée par certaines pratiques liechtensteinoises. Critiques de la communauté internationale Quatre ans se sont écoulés depuis les vives critiques des pratiques du pouvoir de la principauté par le Conseil de l’Europe [1] et sa Commission de Venise – aussi nommée Commission européenne pour la démocratie par le droit –, qui continue de surveiller le régime de près. En 2003, c’est un projet de réforme de la constitution, visant à élargir les pouvoirs donnés au prince Hans Adam II, qui met le feu aux poudres. La Commission de Venise s’inquiète alors des risques de dérives « discrétionnaires » de cette nouvelle constitution « dualiste », où « ni le principe monarchique ni le principe démocratique ne prévaut », explique Thomas Markert, le secrétaire de la Commission. M. Markert raconte comment ces critiques ont été « rejetées par le prince et peu entendues » et que le « lobbying mené par le Liechtenstein à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe l’a empêchée d’agir ». La famille princière a même menacé de s’exiler à Vienne si la réforme lui était refusée. S’il juge excessif de parler de « chantage » – les pressions n’ayant pas été déclarées illégales – il en conclut cependant qu’« il ne s’agit pas d’une démocratie à 100% ». Pour lui, « si sur le papier le Liechtenstein est moins démocratique que d’autres pays, il fonctionne en pratique comme un État de droit ». Pour l’ambassadeur, ces critiques n’ont pas lieu d’être, puisqu’« il y a au Conseil de l’Europe des pays comme la Russie ou la Turquie, qui n’ont pas vraiment leur mot à dire sur les droits de l’homme ». Un repère pour le blanchiment d’argent Face à l’ingérence des organisations internationales, auxquelles il n’a adhéré que tardivement – Conseil de l’Europe en 1978, ONU en 1990, Espace économique européen en 1995 – le Liechtenstein n’hésite pas à défendre son indépendance. Or, c’est au nom de la coopération internationale que, en 2000, les services de renseignement allemands et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) enquêtent sur des affaires de blanchiment d’argent dans la principauté. Ils se heurtent alors à « une politique d’entrave volontaire [du gouvernement liechtensteinois] avec la plus mauvaise foi et la plus grande hypocrisie », selon un rapport de l’Assemblée nationale française présenté la même année. Ce rapport mentionne que « s’il continue à se maintenir volontairement en dehors des règles du jeu et à déroger aux principes posés par les pays occidentaux pour lutter contre le blanchiment, le Liechtenstein s’expose à des sanctions politiques et économiques de la part de la Communauté internationale. » La tension monte alors, d’autant plus qu’« aucune suite n’est donnée » du côté du Liechtenstein, fait remarquer Jean-Claude Lefort, vice-président de la mission d’information à l’origine du rapport. L’OCDE se rallie alors au rapport et fait figurer la principauté sur la liste des « pays non coopératifs », ce qui peut paralyser son économie. Des réformes s’opèrent L’ambassadeur Büchel conteste encore le scandale. « C’est un non-problème, les critiques n’étaient pas fondées », argue-t-il, avant d’expliquer que le service financier est « tellement important pour le pays qu’on doit faire ce qu’on nous demande, même si ce n’est pas juste ». Le Liechtenstein procède donc aux réformes nécessaires pour améliorer la transparence et le système de contrôle de son économie. Gerhart Mild, administrateur à Moneyval, organisme en lien avec l’OCDE qui lutte contre la criminalité financière, indique que plusieurs rapports, établis depuis le scandale de 2000, témoignent des efforts faits par la principauté pour améliorer son système. En 2001, le Liechtenstein est donc sorti de la liste des « pays noncoopératifs ». Le petit paradis fiscal semble avoir finalement su préserver son indépendance et la coopération de ses partenaires. ———————- LE LIECHTENSTEIN EN BREF  Régime politique : monarchie constitutionnelle héréditaire
sur base démocratique et parlementaire
 Population : 35000 (en 2005)
 Superficie : 160 km2
 Langue officielle : Allemand
 Monnaie : le Franc suisse
 Devise nationale : « Pour Dieu, le prince et la patrie »
 Chef de l’État : prince Hans Adam II (depuis 1989)
 Chef du gouvernement : Otmar Hasler (depuis 2001), il détient le pouvoir exécutif. Le Parlement est composé de 25 membres élus pour quatre ans
 Religion : catholique à 80%
 Économie : Le pays compte plus de 3000 entreprises, soit presque une pour dix habitants. Près de 15 % de la population active occupée travaille dans des banques, assurances et entreprises fiduciaires. La principauté s’est spécialisée dans les services financiers offerts aux établissements étrangers. Un taux d’imposition bas, un enregistrement des entreprises facilité et une tradition bien ancrée du secret bancaire ont contribué à rendre les intermédiaires financiers du pays attractifs pour les fonds étrangers. Mais, en retour, ce même facteur rend le Liechtenstein sensible au blanchiment d’argent. Sources : Atlas économique du Nouvel Observateur et www.Liechtenstein.li [1] Créé le 5 mai 1949, le Conseil de l’Europe regroupe 47 pays membres.
Il a pour objectif de favoriser en Europe un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l’homme. Le Canada y est observateur. Le journal indépendant de l’Université de Montréal Quartier Libre est le principal journal des étudiants de l’Université de Montréal (UdeM). Organe de diffusion indépendant de la direction de l’UdeM, Quartier Libre est un bimensuel distribué à plus de 7000 exemplaires sur et autour du campus. Quartier Libre compte sur la collaboration de plusieurs étudiants (dans différents domaines d’étude) de l’UdeM et de quelques journalistes extérieurs. Il se veut un journal école, un tremplin pour les étudiants qui souhaitent faire carrière en journalisme et se donne comme mandat de traiter de tous les sujets chauds du campus de l’UdeM et d’ailleurs, de faire des analyses sur des thèmes de société et internationaux et de promouvoir la culture émergeante qui n’est pas ou peu couverte par les autres journaux québécois. Innovateur et dynamique, il a été nommé « meilleur journal étudiant du Canada » par Paul Wells, chroniqueur au magazine canadien Macleans. L’ensemble de la rédaction est rémunéré pour son travail. L’équipe rédactionnelle 2007-2008 est composée de Rachelle Mc Duff (directrice et rédactrice en chef), Clément Sabourin (chef de pupitre campus), Julie Delporte (chef de pupitre culture), Thomas Gerbet (chef de pupitre société-monde) et Clément de Gaulejac (directeur artistique).

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