Birobidjan : Chronique d’une mort programmée

La région autonome juive forme une configuration atypique dans le paysage politique russe. Le yiddish, qui en est la principale langue
officielle, est enseigné dans les écoles et même les goïm (non-juifs) la maîtrisent. Toutes les inscriptions publiques sont obligatoirement bilingues, écrites en yiddish et en russe. Imprimé sur place, le Birobidjaner Stern est l’un des rares journaux yiddish dans le monde et continue de rejoindre des milliers de lecteurs à travers le pays ainsi qu’à l’étranger. Malgré ce dynamisme culturel, les Juifs du Birobidjan ne représentent plus que 2 300 âmes, soit 1,2 % d’une population d’environ 190 000 habitants. Dans quelques années, ces Juifs sibériens auront complètement disparu de la région autonome juive et il ne restera de yiddish que le nom de quelques rues. La Sibérie : un solution stalinienne au « problème juif » C’est avec la révolution d’octobre 1917 que les Juifs de Russie ont acquis le statut de nation égalitaire au sein d’une nouvelle Union soviétique. De multiples plans ont alors été examinés pour permettre la réinsertion, dans l’économie soviétique, d’un peuple juif qui avait été exclu et persécuté sous l’Empire tsariste. En fait, on cherchait à installer une colonie juive de peuplement en URSS. Mais la plupart de ces projets achoppaient sur le choix d’un territoire spécifique : la Biélorussie, l’Ukraine, la Crimée et le Caucase ont tour à tour été écartés. Après maintes délibérations, Staline a finalement porté son choix sur la Sibérie et, plus particulièrement, le Birobidjan, petit territoire près de la frontière chinoise. Pourtant, rien ne rattachait de près ou de loin ce
territoire sibérien à la culture juive. La région autonome juive a été proclamée en mars 1928 sans prendre en considération la spécificité et les aspirations de la communauté juive soviétique. Au-delà des soucis charitables pour attribuer une terre aux Juifs de l’URSS, des considérations d’ordre géostratégique ont manifestement influencé cette prise de décision. Avide de doter son pays d’une sécurité nationale à toute épreuve, seule la protection des frontières extrême-orientales importait à Staline. Une forte présence juive dans la région permettait d’en organiser la défense contre une Chine qui revendiquait le Birobidjan, mais aussi contre un Japon qui affichait sur l’Orient
soviétique des visées expansionnistes. Israël ou la lente agonie du Birobidjan En 1948, la création d’un État juif en Palestine a offert des prétextes au
régime stalinien pour commettre des exactions envers le peuple juif sibérien. Craignant de perdre la légitimité politique des Juifs soviétiques au profit de celle d’Israël et mû par un antisémitisme démesuré, Staline s’est attelé à supprimer toute vie intellectuelle, culturelle et religieuse juive. Accusés de complaisance avec l’ennemi sioniste, un grand nombre de dirigeants du gouvernement de la région autonome juive ont tout bonnement été arrêtés et exécutés. Cette campagne sera poursuivie, quoiqu’à un degré de barbarie moindre, par les différents dirigeants soviétiques qui lui succéderont. Seul le régime de Gorbatchev a permis de rétablir le dialogue des peuples, en suggérant aux Juifs du Birobidjan de ranimer la spécificité juive dans la région. Mais que pouvaient-ils bien ranimer ? Plus rien, à l’exception du yiddish, ne faisait de cette terre une contrée juive. C’est l’ouverture des frontières, suite à la dislocation de l’Union soviétique en 1991, qui a porté un coup fatal à la régénération du Birobidjan tant souhaitée par Mikhaïl Gorbatchev. L’attraction d’Israël en tant que foyer national et culturel juif a eu un impact majeur sur cette population longtemps brutalisée et discréditée par le pouvoir fédéral. La plupart des Juifs sibériens ont émigré en Israël où, justement, la spécificité juive était plus ostensible. Les autres, ceux qui sont restés, ont subi ou subiront une assimilation effective. Le phagocytage territorial du 1er mars prochain marque donc la fin d’une
illusion stalinienne. Dessin : Clément de Gaulejac Article intéressant Pour plus d’informations, il serait objectif de préciser qu’une infime partie des juifs d’URSS sont partis volontaires dans cette république lointaine, seuls quelques militants communistes idéalistes y sont allés. Cf le livre » L’ETAT JUIF DE L’UNION SOVIETIQUE. LE BIROBIDJAN  » écrit par SLOVES HENRI Le journal indépendant de l’Université de Montréal Quartier Libre est le principal journal des étudiants de l’Université de Montréal (UdeM). Organe de diffusion indépendant de la direction de l’UdeM, Quartier Libre est un bimensuel distribué à plus de 7000 exemplaires sur et autour du campus. Quartier Libre compte sur la collaboration de plusieurs étudiants (dans différents domaines d’étude) de l’UdeM et de quelques journalistes extérieurs. Il se veut un journal école, un tremplin pour les étudiants qui souhaitent faire carrière en journalisme et se donne comme mandat de traiter de tous les sujets chauds du campus de l’UdeM et d’ailleurs, de faire des analyses sur des thèmes de société et internationaux et de promouvoir la culture émergeante qui n’est pas ou peu couverte par les autres journaux québécois. Innovateur et dynamique, il a été nommé « meilleur journal étudiant du Canada » par Paul Wells, chroniqueur au magazine canadien Macleans. L’ensemble de la rédaction est rémunéré pour son travail. L’équipe rédactionnelle 2007-2008 est composée de Rachelle Mc Duff (directrice et rédactrice en chef), Clément Sabourin (chef de pupitre campus), Julie Delporte (chef de pupitre culture), Thomas Gerbet (chef de pupitre société-monde) et Clément de Gaulejac (directeur artistique).

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